Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/406

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en détestant tout ce qu’ils connaissaient, ils croyaient détester toute la terre.

Voilà l’exacte vérité. Warburton prétend que l’abbé Bazin ne s’est exprimé ainsi que parce qu’un Juif, qu’il appelle grand babillard, avait fait autrefois une banqueroute audit abbé Bazin. Il est vrai que le juif Médina fit une banqueroute considérable à mon oncle ; mais cela empêche-t-il que Josué n’ait fait pendre trente et un rois, selon les saintes Écritures ? Je demande à Warburton si l’on aime les gens que l’on fait pendre. Hang him[1] !



CHAPITRE XV.
de warburton.

Contredites un homme qui se donne pour savant, et soyez sûr alors de vous attirer des volumes d’injures. Quand mon oncle apprit que Warburton, après avoir commenté Shakespeare, commentait Moïse, et qu’il avait déjà fait deux gros volumes pour démontrer que les Juifs, instruits par Dieu même, n’avaient aucune idée ni de l’immortalité de l’âme, ni d’un jugement après la mort, cette entreprise lui parut monstrueuse, ainsi qu’à toutes les consciences timorées de l’Angleterre. Il en écrivit son sentiment à M. S....[2] avec sa modération ordinaire. Voici ce que M. S.... lui répondit :

« Monsieur,

« C’est une entreprise merveilleusement scandaleuse dans un prêtre, t’is an undertaking wonderfully scandalous in a priest, de s’attacher à détruire l’opinion la plus ancienne et la plus utile aux hommes. Il vaudrait bien mieux que ce Warburton commentât l’opéra des gueux, The beggar’s opera[3], après avoir très-mal commenté Shakespeare, que d’entasser une érudition si mal digérée et si erronée pour détruire la religion : car enfin notre sainte religion est fondée sur la juive. Si Dieu a laissé le peuple de l’Ancien Testament dans l’ignorance de l’immortalité de l’âme, et des peines et des récompenses après la mort, il a

  1. Pendez-le.
  2. Cette initiale désigne M. Silhouette, ministre d’État sous Louis XV, à qui l’on doit les Dissertations sur l’union de la religion, de la morale, et de la politique, tirées d’un ouvrage de M. Warburton ; 1742, 2 vol. in-12. (B.)
  3. L’Opéra des gueux, par John Gay, avait été traduit par Patu : Choix de petites pièces du Théâtre anglais, 1756.