Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/430

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

le sot peuple adore à la fin le bœuf, et les fruits mêmes que la nature a produits. Quand cette superstition est enracinée dans l’esprit du vulgaire, il est bien difficile au sage de l’extirper.

Je ne doute pas même que quelque schoen d’Égypte n’ait persuadé aux femmes et aux filles des bateliers du Nil que les chats et les ognons étaient de vrais dieux. Quelques philosophes en auront douté, et sûrement ces philosophes auront été traités de petits esprits insolents, et de blasphémateurs : ils auront été anathématisés et persécutés. Le peuple égyptien regarda comme un athée le Persan Cambyse, adorateur d’un seul dieu, lorsqu’il fit mettre le bœuf Apis à la broche. Quand Mahomet s’éleva, dans la Mecque, contre le culte des étoiles, quand il dit qu’il ne fallait adorer qu’un Dieu unique dont les étoiles étaient l’ouvrage, il fut chassé comme un athée, et sa tête fut mise à prix. Il avait tort avec nous, mais il avait raison avec les Mecquois.

Que conclurons-nous de cette petite excursion sur Sanchoniathon ? Qu’il y a longtemps qu’on se moque de nous ; mais qu’en fouillant dans les débris de l’antiquité, on peut encore trouver sous ces ruines quelques monuments précieux, utiles à qui veut s’instruire des sottises de l’esprit humain.


TROISIÈME DIATRIBE DE L’ABBÉ BAZIN.
sur l’égypte.

J’ai vu les pyramides, et je n’en ai point été émerveillé. J’aime mieux les fours à poulets, dont l’invention est, dit-on, aussi ancienne que les pyramides. Une petite chose utile me plaît ; une monstruosité qui n’est qu’étonnante n’a nul mérite à mes yeux. Je regarde ces monuments comme des jeux de grands enfants qui ont voulu faire quelque chose d’extraordinaire, sans imaginer d’en tirer le moindre avantage. Les établissements des Invalides, de Saint-Cyr, de l’École militaire, sont des monuments d’hommes.

Quand on m’a voulu faire admirer les restes de ce fameux labyrinthe, de ces palais, de ces temples, dont on parle avec tant d’emphase, j’ai levé les épaules de pitié ; je n’ai vu que des piliers sans proportions, qui soutenaient de grandes pierres plates ; nul goût d’architecture, nulle beauté ; du vaste, il est vrai, mais du grossier. Et j’ai remarqué (je l’ai dit ailleurs[1]) que les Égyptiens n’ont jamais eu rien de beau que de la main des Grecs. Alexan-

  1. Voyez tome XI, page 73.