Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/432

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sèrent le peuple s’abrutir dans un culte qui le mettait fort au-dessous des animaux qu’il adorait. Les Ptolémées ne purent déraciner cette superstition abominable, ou ne s’en soucièrent pas. Les grands abandonnent le peuple à sa sottise, pourvu qu’il obéisse. Cléopâtre ne s’inquiétait pas plus des superstitions de l’Égypte qu’Hérode de celles de la Judée.

Diodore rapporte que, du temps de Ptolémée Aulètes, il vit le peuple massacrer un Romain qui avait tué un chat par mégarde. La mort de ce Romain fut bien vengée quand les Romains dominèrent. Il ne reste, Dieu merci, de ces malheureux prêtres d’Égypte qu’une mémoire qui doit être à jamais odieuse. Apprenons à ne pas prodiguer notre estime.


QUATRIÈME DIATRIBE DE L’ABBÉ BAZIN.
SUR UN PEUPLE À QUI ON A COUPÉ LE NEZ ET LAISSÉ LES OREILLES.

Il y a bien des sortes de fables ; quelques-unes ne sont que l’histoire défigurée, comme tous les anciens récits de batailles, et les faits gigantesques dont il a plu à presque tous les historiens d’embellir leurs chroniques. D’autres fables sont des allégories ingénieuses. Ainsi Janus a un double visage qui représente l’année passée et l’année commençante, Saturne, qui dévore ses enfants, est le temps qui détruit tout ce qu’il a fait naître. Les muses, filles de la Mémoire, vous enseignent que sans mémoire on n’a point d’esprit, et que, pour combiner des idées, il faut commencer par retenir des idées. Minerve, formée dans le cerveau du maître des dieux, n’a pas besoin d’explication, Vénus, la déesse de la beauté, accompagnée des Grâces, et mère de l’Amour, la ceinture de la mère, les flèches et le bandeau du fils, tout cela parle assez de soi-même.

Des fables qui ne disent rien du tout, comme Barbe bleue et les contes d’Hérodote, sont le fruit d’une imagination grossière et déréglée qui veut amuser des enfants, et même malheureusement des hommes : l’Histoire des deux voleurs qui venaient toutes les nuits prendre l’argent du roi Rampsinitus, et de la fille du roi, qui épousa un des deux voleurs ; l’Anneau de Gygès, et cent autres facéties, sont indignes d’une attention sérieuse.

Mais il faut avouer qu’on trouve dans l’ancienne histoire des traits assez vraisemblables qui ont été négligés dans la foule, et dont on pourrait tirer quelques lumières. Diodore de Sicile, qui avait consulté les anciens historiens d’Égypte, nous rapporte que