Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/497

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


SUR LES AUTEURS ANGLAIS. 487

Ou Dieu inspirait Moïse, ou ce n'était qu'un charlatan : si Dieu inspirait Moïse, il ne pouvait lui cacher l'immortalité de l'àme, et s'il ne lui a pas appris ce que tous les Égyptiens savaient. Dieu l'a trompé et a trompé tout son peuple ; si Moïse n'était qu'un charlatan, vous détruisez toute la loi mosaïque, et par consé- quent vous sapez par le fondement la religion chrétienne, bâtie sur la mosaïque. Enfin, si Dieu a trompé Moïse, vous faites de l'Être infiniment parfait un séducteur et un fripon. De quelque côté que vous vous tourniez, vous blasphémez.

Vous croyez vous tirer d'affaire en disant que Dieu payait son peuple comptant, en le punissant temporairement de ses trans- gressions, et en le récompensant par les biens de la terre quand il était fidèle. Cette évasion est pitoyable, car combien de trans- gresseurs ont passé leurs jours dans les délices! témoin Salo- mon. Ne faut-il pas avoir perdu le bon sens ou la pudeur pour dire que chez les Juifs aucun scélérat n'échappait à la punition temporelle? N'est-il pas parlé cent fois du bonheur des méchants dans l'Écriture?

Nous savions avant vous que ni le Décalogue ni le Lévitique ne font mention de l'immortalité de l'âme, ni de sa spiritualité, ni des peines et des récompenses dans une autre vie; mais ce n'é- tait pas à vous à le dire. Ce qui est pardonnable à un laïque ne l'est pas à un prêtre; et surtout vous ne devez pas le dire dans quatre volumes ennuyeux ^

Voilà ce que l'on objecte à Warburton. Il a répondu par des injures atroces, et il a cru enfin qu'il avait raison parce que son évêché lui vaut deux mille cinq cents guinées de rentes. Toute l'Angleterre s'est déclarée contre lui malgré ses guinées. Il s'est rendu odieux par la virulence de son insolent caractère beau- coup plus que par l'absurdité de son système.

DE BOLIXGBUOKE.

Milord Bolingbroke a été plus audacieux que Warburton, et de meilleure foi. Il ne cesse de dire, dans ses Œuvres philoso- phiques, que les athées sont beaucoup moins dangereux que les théologiens. Il raisonnait en ministre d'État qui savait combien de sang les querelles théologiques ont coûté à l'Angleterre ; mais 11 devait s'en tenir à proscrire la théologie, et non la religion

��1. Le traité de la Divine Lègalion de }foise {Divine Légation ofMoses: 1700), par Warburton, a cinq volumes in-8°.

�� �