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486 LETTRE

que ces miracles sont de pieuses allégories. Tous les bons chré- tiens n'en ont pas moins eu son livre en horreur.

Il y eut un jour une dévote qui, en le voyant passer dans la rue, lui cracha au visage. Il s'essuya tranquillement, et lui dit : C'est ainsi que les Juifs ont traité votre Dieu. Il mourut en paix en disant : 'Tis a pass every man must corne to ; c'est un terme où tout homme doit arriver. Vous trouverez dans le Dictionnaire portatif de l'abbé Ladvocat, et dans un Nouveau Dictionnaire portatif \ où les mêmes erreurs sont copiées, que Woolston est mort en prison, en 1733, Rien n'est plus faux; plusieurs de mes amis l'ont vu dans sa maison: il est mort libre chez lui.

DE W A R B L: R T N .

On a regardé Warburton, évêque de (ilocester, comme un des plus hardis infidèles qui aient jamais écrit, parce qu'après avoir commenté Shakespeare, dont les comédies, et même quelquefois les tragédies, fourmillent de quolibets licencieux, il a soutenu, dans sa Légation de Moïse, que Dieu n'a point enseigné à son peuple chéri rimmortalité de l'âme. Il se peut qu'on ait jugé cet évêque trop durement, et que l'orgueil et l'esprit satirique qu'on lui reprocha aient soulevé toute la nation. On a beaucoup écrit contre lui. Les deux premiers volumes de son ouvrage n'ont paru qu'un vain fatras d'érudition erronée, dans lesquels il ne traite pas même son sujet, et qui de plus sont contraires à son sujet, puisqu'ils ne tendent qu'à prouver que tous les législateurs ont établi pour principe de leurs religions l'immortalité de l'âme ; en quoi même Warburton se trompe, car ni Sanchoniathon le Phénicien, ni le livre des Cinq Kings chinois, ni Confucius, n'ad- mettent ce principe.

Mais jamais Warburton dans tous ses faux-fuyants n'a pu répondre aux grands arguments personnels dont on l'a accablé. Vous prétendez que tous les sages ont posé pour fondement de la religion l'immortalité de l'âme, les peines et les récompenses après la mort; or. Moïse n'en parle ni dans son Décalogue, ni dans aucune de ses lois: donc Moïse, de votre aveu, n'était pas un sage.

  • Ou il était instruit de ce grand dogme, ou il l'ignorait : s'il

en était instruit, il est coupable de ne l'avoir pas enseigné ; s'il l'ignorait, il était indigne d'être législateur.

��1. Celui de Chaudon ; voyczla note, tome XIV, page 24.

2. Voyez la note, tome XVII, pages 144-145.

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