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496 LETTRE

nommé Catherinot, très-digne des armes de Bourges ^ Ce grand juge dit : « Nous avons deux livres impies que je n'ai jamais vus : l'un, De tribus Impostoribus ; Tautre, leCymbalwnmundi.n Eh! mon ami, si tu ne les as pas vus pourquoi en parles-tu?

Le minime Mersenne, ce facteur de Descartes, le même qui donne douze apôtres à Vanini, dit de Bonaventure Desperiers : « C'est un monstre et un fripon, d'une impiété achevée. » Vous remarquerez qu'il n'avait pas lu son livre. Il n'en restait plus que deux exemplaires dans l'Europe quand Prosper Marchand le réimprima à Amsterdam, en IVfP. Alors le voile fut tiré : on ne cria plus à l'impiété, à l'athéisme; on cria à l'ennui, et on n'en parla plus,

DE THÉOPHILE.

Il en a été de même de Théophile, très-célèbre dans son temps : c'était un jeune homme de bonne compagnie, faisant très- facilement des vers médiocres, mais qui eurent de la réputation; très-instruit dans les belles-lettres, écrivant purement en latin ; homme de table autant que de cabinet, bienvenu chez les jeunes seigneurs qui se piquaient d'esprit, et surtout chez cet illustre et malheureux duc de Montmorency, qui, après avoir gagné des batailles, mourut sur un échafaud.

S'étant trouvé un jour avec deux jésuites, et la conversation étant tombée sur quelques points de la malheureuse philosophie de son temps, la dispute s'aigrit. Les jésuites substituèrent les injures aux raisons. Théophile était poëte et Gascon, genus irrita- bile vatum^ et Vasconum. Il fit une petite pièce de vers où. les jé- suites n'étaient pas trop bien traités; en voici trois qui coururent toute la France :

Cette grande et noire machine, Dont le souple et le vaste corps Étend ses bras jusqu'à la (^liine.

Théophile même les rappelle dans une épître en vers écrite de sa prison au roi Louis XIII. Tous les jésuites se déchaînèrent contre lui. Les deux plus furieux, Garasse et Guérin, déshono- rèrent la chaire et violèrent les lois en le nommant dans leurs

��i. Les armes de Bourges sont : un âne assis dans un fauteuil.

2. Voyez la note 2, tome XVIII, page 253.

3. Horace, II, épître ii, 102.

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