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498 LETTRE

requête. Enfin les jésuites, quelque puissants qu'ils fussent alors, ne purent avoir la consolation de le faire brûler, et ils eurent même beaucoup de peine à obtenir qu'il fût banni de Paris. Il y revint malgré eux, protégé par le duc de Montmorency, qui le ogea dans son hôtel, où il mourut, en 1626, du chagrin auquel une si cruelle persécution le fit enfin succomber.

DE DES BAUnEAUX ^.

Le conseiller au parlement Des Barreaux, qui dans sa jeu- nesse avait été ami de Théophile et qui ne l'avait pas abandonné dans sa disgrâce, passa constamment pour un athée. Et sur quoi? Sur un conte qu'on fait de lui, sur l'aventure de Vomektte au lard. Un jeune homme à saillies libertines peut très-bien dans un ca- baret manger gras un samedi, et pendant un orage mêlé de tonnerre jeter le plat par la fenêtre en disant: Voilà bien du bruit pour une omelette au lard, sans pour cela mériter l'afîreuse accu- sation d'athéisme. C'est sans doute une très-grande irrévérence : c'est insulter l'Église dans laquelle il était né: c'est se moquer de l'institution des jours maigres; mais ce n'est pas nier l'existence de Dieu,

Ce qui lui donna cette réputation, ce fut principalement Fin- discrète témérité de Boileau, qui, dans sa Satire des femmes -, la- quelle n'est pas sa meilleure, dit qu'il a vu plus d'un Capanée,

Du tonnerre dans l'air bravant les vains carreaux, Et nous parlant de Dieu du ton de Des Barreaux.

Jamais ce magistrat n'écrivit rien contre la Divinité. Il n'est pas permis de flétrir du nom d'athée un homme de mérite contre lequel on n'a aucune preuve : cela est indigne. On a imputé à Des Barreaux le fameux sonnet qui finit ainsi :

Tonne, frappe, il est temps; rends-moi guerre pour guerre. J'adore en périssant la raison qui t'aigrit; Mais dessus quel endroit tombera ton tonnerre, Qui ne soit tout couvert du sang de Jésus-Christ?

Ce sonnet ne vaut rien du tout, Jésus-Christ en vers n'est pas tolérable; rends-moi guerre n'est pas français; guerre pour guerre

i. Voyez aussi son article, dans le Siècle de Louis XIV, tome XIV, page 63, 2. Vers 659-60.

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