Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/530

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520 LETTRE

Que tout prophète ^ même qui ferait des miracles pour chan- ger quelque chose à la loi mosaïque devait être puni de mort;

Qu'à la vérité quelques prophètes ont prédit aux Juifs, dans leurs calamités, qu'ils auraient un jour un libérateur; mais que ce libérateur serait le soutien de la loi mosaïque, au lieu d'en être le destructeur;

Que les Juifs attendent toujours un Messie, lequel sera un roi puissant et juste;

Qu'une preuve de l'immutabilité éternelle de la religion mo- saïque est que les Juifs, dispersés sur toute la terre, n'ont jamais cependant changé une seule virgule à leur loi; et que les Israé- lites de Rome, d'Angleterre, de Hollande, d'Allemagne, de Pologne, de Turquie, de Perse, ont constamment tenu la même doctrine depuis la prise de Jérusalem par Titus, sans que jamais il se soit élevé parmi eux la plus petite secte, qui se soit écartée d'une seule observance et d'une seule opinion de la nation Israélite;

Qu'au contraire les chrétiens ont été divisés entre eux dès la naissance de leur religion;

Qu'ils sont encore partagés en beaucoup plus de sectes qu'ils n'ont d'États, et qu'ils se sont poursuivis à feu et à sang les uns les autres pendant plus de douze siècles entiers. Que si l'apôtre PauP trouva bon que les juifs continuassent à observer tous les préceptes de leur loi, les chrétiens d'aujourd'hui ne devaient pas leur reprocher de faire ce que l'apôtre Paul leur a permis;

Que ce n'est point par haine et par malice qu'Israël n'a point reconnu Jésus; que ce n'est point par des vues basses et charnelles que les Juifs sont attachés à leur loi ancienne; qu'au contraire ce n'est que dans l'espoir des biens célestes qu'ils lui sont fidèles, malgré les persécutions des Babyloniens, des Syriens, des Ro- mains; malgré leur dispersion et leur opprobre; malgré la haine de tant de nations; et que l'on ne doit point appeler charnel un peuple entier qui est le martyr de Dieu depuis près de quarante siècles;

Que ce sont les chrétiens qui ont attendu des biens charnels, témoin presque tous les premiers Pères de l'Église, qui ont espéré de vivre mille ans dans une nouvelle Jérusalem, au milieu de l'abondance et de toutes les délices du corps;

Qu'il est impossible que les Juifs aient crucifié le vrai Messie, attendu que les prophètes disent expressément que le Messie

i. Deutéronome , xiii, 5.

2. ÈpUre aux liomains, chap. ii.

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