Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome26.djvu/571

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AVIS
À TOUS LES ORIENTAUX[1].

Toutes les nations de l’Asie et de l’Afrique doivent être averties du danger qui les menace depuis longtemps. Il y a dans le fond de l’Europe, et surtout dans la ville de Rome, une secte qui se nomme les chrétiens catholiques : cette secte envoie des espions dans tout l’univers, tantôt sur des vaisseaux marchands, tantôt sur des vaisseaux armés en guerre. Elle a subjugué une partie du vaste continent de l’Amérique, qui est la quatrième partie du monde. Elle-même avoue qu’elle y massacra dix fois douze cent mille habitants pour prévenir les révoltes contre son pouvoir despotique et contre sa religion. Il s’est écoulé environ cent trente révolutions du soleil depuis que cette secte, soi-disant catholique chrétienne, ayant trouvé le moyen de s’établir dans le Japon, autrement Nipon, elle voulut exterminer toutes les autres sectes, et causa une des plus furieuses guerres civiles qui aient jamais désolé un royaume. Le Japon nagea dans le sang, et, depuis cette affreuse époque, les habitants ont été obligés de fermer leur pays à tous les étrangers, de peur qu’il n’entre chez eux des chrétiens.

Les espions appelés jésuites, que le prêtre prince de Rome avait envoyés à la Chine, commençaient déjà à causer du trouble dans ce vaste empire, lorsque l’empereur Yong-tching, d’heureuse mémoire, renvoya tous ces dangereux hôtes à Macao, et maintint, par leur bannissement, la paix dans son empire[2].

  1. Cette espèce de manifeste n’a jamais été imprimé ; il s’est trouvé dans les papiers de l’auteur, et l’on ignore s’il en avait fait quelque usage. (K.) — Cette pièce a été, en 1825, mise par M. Clogenson dans le Dictionnaire philosophique, au mot Chrétiens catholiques, ainsi que je l’ai déjà dit (tome XVIII, page 159). C’était parmi les Facéties que les éditeurs de Kehl l’avaient classée. Je place cet opuscule en 1767 ou 1768, parce que, dans ces années, Voltaire en publia beaucoup dans le même esprit. Mais, dans ses lettres à Damilaville, des 4 et 8 février 1762, Voltaire parle de l’Oriental, qui pourrait bien être l’Avis à tous les Orientaux. (B.)
  2. Voyez tome XIII, page 168 ; XV, 81-83.