Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/101

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quatre millions de citoyens ; et à moins que votre charpentier Joseph et sa femme Marie n’aient fait votre Dieu dans un faubourg de Rome, et que ce charpentier juif n’ait été un citoyen romain, il est impossible qu’il ait été dénombré.

Vous en avez ridiculement menti avec vos trois rois et la nouvelle étoile, et les petits enfants massacrés, et avec vos morts ressuscités et marchant dans les rues à la vue de Pontius Pilatus, qui ne nous en a jamais écrit un seul mot, etc., etc.

Vous en avez menti avec votre éclipse du soleil en pleine lune ; notre préteur Pontius Pilatus nous en aurait écrit quelque chose, et nous aurions été témoins de cette éclipse avec toutes les nations de la terre. Retournez à vos travaux journaliers, paysans fanatiques, et rendez grâces au sénat, qui vous méprise trop pour vous punir.

ARTICLE VI.

Il est clair que les premiers chrétiens demi-juifs se gardèrent bien de parler aux sénateurs de Rome, ni à aucun homme en place, ni à aucun citoyen au-dessus de la lie du peuple. Il est avéré qu’ils ne s’adressèrent qu’à la plus vile canaille ; c’est devant elle qu’ils se vantèrent de guérir les maladies des nerfs, les épilepsies, les convulsions de matrice, que l’ignorance regardait partout comme des sortiléges, comme des obsessions des mauvais génies, chez les Romains ainsi que chez les Juifs, chez les Égyptiens, chez les Grecs, chez les Syriens. Il était impossible qu’il n’y eût quelque malade de guéri : les uns l’étaient au nom d’Esculape, et l’on a même retrouvé depuis peu à Rome un monument d’un miracle d’Esculape avec les noms des témoins ; les autres étaient guéris au nom d’Isis ou de la déesse de Syrie; les autres au nom de Jésus, etc. La canaille guérie en ce nom croyait à ceux qui l’annonçaient.

ARTICLE VII.

Les chrétiens s’établissaient parmi le peuple par ce moyen qui séduit toujours le vulgaire ignorant ; ils avaient encore un ressort bien plus puissant : ils déclamaient contre les riches, ils prêchaient la communauté des biens ; dans leurs associations secrètes ils engageaient leurs néophytes à leur donner le peu d’argent gagné à la sueur de leur front ; ils citaient le prétendu exemple de Saphira et d’Ananias[1], que Simon Barjone surnommé

  1. Actes, ch. v, v. 1 jusqu’à 11. (Note de Voltaire.)