Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome27.djvu/434

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426 CANONISATION.

J'invoquerai notre Pucelle d'Orléans, dont on a déjà fait l'office en vers de dix syllabes i. Nous avons vingt braves dames qui méritent qu'on leur adresse des prières. Qui fêterons-nous en effet, si ce n'est les dames? Elles doivent assurément être fes- toyées,

CANONISATION DE FRÈRE CLCl'FIN.

Le 12 octobre 1766, le pape Clément XIII canonisa solennelle- ment frère Cucufin d'Ascoli, en son vivant frère lai chez les capucins, né dans la Marche d'Ancone Fan de grâce 1540, mort le 12 octobre 1604. Le procès-verbal de la congrégation des rites porte qu'il traversa plusieurs fois le ruisseau nommé Potenza sans se mouiller; quêtant invité à dîner chez le cardinal Ber- néri, évêque d'Ascoli, il renversa par humilité un œuf frais sur sa ])arbe, et prit de la bouillie avec sa fourchette-: que pour récompense la sainte Vierge lui apparut; qu'il eut le don des miracles, au point qu'il rétablit une fois du vin gâté. Les révé- rends pères capucins ont obtenu qu'on changeât son nom de Cucufin en celui de Séraphin. Ils en ont célébré la fête solen- nelle dans tous les lieux où ils sont établis; et où ne le sont-ils pas?

Pourrait-on croire qu'il en a coûté en superfluités à l'Europe catholique plus d'un milhon pour solenniser la fête d'un pauvre! Les peuples se sont empressés de fournir aux capucins des sub- sistances qui auraient suffi à une grande armée, et qui l'auraient amollie. Cent sortes de vin, viandes de boucherie, volailles, gi- bier, fruits, huiles, épiceries, cire, étoffes, ornements en soie, en argent, en or, tout a été prodigué.

Il faut remarquer que, sous le nom d'aumône, les moines mendiants imposent au peuple la taxe la plus accablante.

Quand un pauvre cultivateur a payé au receveur de la pro- vince, en argent comptant, le tiers de sa récolte non encore ven- due, les droits à son seigneur, la dîme de ses gerbes à son curé, que lui reste-t-il ? Presque rien ; et c'est ce rien que les moines mendiants demandent comme un tribut qu'on n'ose jamais refu- ser. Ceux qui travaillent sont donc condamnés à fournir de tout ceux qui ne travaillent pas. Les abeilles ont des bourdons ; mais elles les tuent. Les moines autrefois cultivaient la terre: aujour- d'hui ils la surchargent.

��1. Vojez le poëme, tome IX.

2. Page 28 de la traducliou. (Ao(e de Voltaire.)

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