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A M. BERGIER. 47

n'en usons ainsi que pour vous convaincre qu'il fallait employer, pour soutenir la religion chrétienne, une méthode toute diffé- rente de celle dont on s'est servi jusqu'à présent. Il est évident qu'elle est très-mauvaise, puisqu'à mesure qu'on fait un nouveau livre dans ce goût, le nombre des incrédules augmente. L'ou- vrage de l'abbé Houteville*, qui ne chercha qu'à étaler de l'esprit et des mots nouveaux, a produit une foule de contradicteurs, et nous craignons que le vôtre n'en fasse naître davantage.

XX.

Dieu nous préserve de penser que vous sacrifiez la vérité à un vil intérêt ; que vous êtes du nombre de ces malheureux merce- naires qui combattent par des arguments pour assurer et pour faire respecter les immenses fortunes de leurs maîtres ; qui s'ex- ténuent dans la triste recherche de tous les fatras théologiques, afin que de voluptueux ignorants, comblés d'or et d'honneurs, laissent tomber pour eux quelques miettes de leur table! Nous sommes très-loin de vous prêter des vues si basses et si odieuses ; nous vous regardons comme un homme abusé par la simplicité de sa candeur.

Vous alléguez-, pour prouver la réalité des possessions, que saint Paulin vit un possédé qui se tenait les pieds en haut à la voûte d'une église, et qui marchait la tête en bas sur cette voûte comme un antipode, sans que sa robe se retroussât ; vous ajoutez que saint Paulin, surpris d'une marche si extraordinaire, crut mon homme possédé du diable, et envoya vite chercher des reli- ques de saint Félix de Noie, qui le guérirent sur-le-champ. Cette cure consistait apparemment à le faire tomber de la voûte la tête la. première. Est-il possible, monsieur, que, dans un siècle tel que le nôtre, vous osiez rapporter de telles niaiseries qui auraient été sifflées au xv* siècle.

Vous ajoutez 3 que Sulpice Sévère atteste qu'un homme à qui on avait donné des reliques de saint Martin s'éleva tout d'un coup en l'air, les bras étendus, et y resta longtemps. Voilà sans doute un beau miracle, bien utile au genre humain, bien édi- fiant! Comptez-vous cela, monsieur, parmi les preuves du chris- tianisme?

��1. La Vérité de la religion chrétienne: voyez tome XX, pages 41G et 451; tome XXI, page 505; XXU 28; et XXVT. '253.

2. Page 196 de la première partie.

3. Page 196.

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