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78 DISCOURS AUX CONFÉDÉRÉS CATHOLIQUES

Secondement, ils disent que le Juif Simon Barjone La Pierre fut pape à Rome pendant vingt-cinq ans sous l'empire de Xéron, qui ne régna que treize années S ce qui est encore incon- testable.

Troisièmement, ils affirment, d'après les plus graves histo- riens chrétiens qui imprimèrent leurs livres dans ce temps-là, livres connus dans tout l'univers, publiés avec privilège, déposés dans la bibliothèque d'Apollon palatin, et loués dans tous les journaux ; ils affirment, dis-je, que Simon Barjone Cépha La Pierre arriva à Rome quelque temps après Simon Vertu de Dieu, ou Vertu-Dieu, le magicien; que Simon Vertu-Dieu enAoya d'abord un de ses chiens faire ses compliments à Simon Baijone, lequel lui envoya sur-le-champ un autre chien le saluer de sa part-; qu'ensuite les deux Simons disputèrent à qui ressusciterait un mort; que Simon Vertu-Dieu ne ressuscita le mort qu'à moitié; mais que Simon Barjone le ressuscita entièrement. Cependant, selon la maxime :

Dimidium facti, qui bene cœpit, liabct,

(^HOR., lib. I, ep. II, V. JO.)

Simon Vertu-Dieu, ayant opéré la moitié de la résurrection, pré- tendit que, le plus fort étant fait, Simon Barjone n'avait pas eu grande peine à faire le reste, et qu'ils devaient tous deux partagei* le prix. C'était au mort d'en juger; mais comme il ne parla point, la dispute restait indécise. Néron, pour en décider, proposa aux deux ressusciteurs un prix pour celui qui volerait le plus haut sans ailes. Simon Vertu-Dieu vola comme une hirondelle; Barjone La Pierre, qui n'en pouvait faire autant, pria le Christ ardem- ment de faire tomber Simon Vertu-Dieu, et de lui casser les jambes. Le Christ n'y manqua pas. Néron, indigné de cette super- cherie, fit crucifier La Pierre, la tête en bas. C'est ce que nous racontent Abdias, Marcellus et Égésippus, contemporains, les Thucydide et les Xénophon des chrétiens. C'est ce qui a été re- gardé comme voisin d'un article de foi, vicinns articido fidei, pen-

1. Au lieu de treize années, d;ins l'édition de Kehl on lisait vinyt années: c'est une faute que Voltaire ne pouvait avoir commise. En effet, l'édition origi- nale porte onze années : ce qui n'est pas tout à fait exact. Mais Voltaire lui-même, parlant des mêmes faits dans le chapitre m de son roman intitulé Histoire de Jenni, dit treize années (voyez tome XXI, page 530, et, ci-après, le paragraphe u des Droits des hommes). Je me suis donc permis ici de rectifier Voltaire par lui- même; mais, pour l'exactitude, j'ai dû en faire la remarque. (B.)

2. Voyez dans le Dictionnaire philosophique, l'article Voyage de Saint Pierre a Rome, tome XX, pages 592 et suiv.

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