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CHAPITRE III.

le R. P. Malagrida, ci-devant jésuite, qui a, dit-on, persuadé à toute une famille que ce n’était pas même un péché véniel d’assassiner par derrière un roi de Portugal en certain cas[1].


CHAPITRE III.
Un dieu chez toutes les nations civilisées.


Quand une nation est assemblée en société, elle a besoin de l’adoration d’un Dieu, à proportion que les citoyens ont besoin de s’aider les uns les autres. C’est par cette raison qu’il n’y a jamais eu de nation rassemblée sous des lois, qui n’ait reconnu une divinité de temps immémorial.

L’Être suprême s’était-il révélé à ceux qui les premiers dirent qu’il faut aimer et craindre un Dieu, punisseur du crime et rémunérateur de la vertu ? Non, sans doute ; Dieu ne parla pas à Thaut le législateur des Égyptiens, au Brama des Indiens, à l’Orphée de Thrace, au Zoroastre des Perses, etc., etc. ; mais il se trouva dans toutes les nations des hommes qui eurent assez de bon sens pour enseigner cette doctrine utile ; de même qu’il y eut des hommes qui, par la force de leur raison, enseignèrent l’arithmétique, la géométrie, et l’astronomie.

L’un, en mesurant ses champs, trouva que le triangle est la moitié du carré, et que les triangles ayant même base et même hauteur, sont égaux. L’autre[2], en semant, en recueillant, et en gardant ses moutons, s’aperçut que le soleil et la lune revenaient à peu près au point dont ces astres étaient partis, et qu’ils ne s’écartaient pas d’une certaine borne au nord et au midi. Un troisième considéra que les hommes, les animaux, les astres, ne s’étaient pas faits eux-mêmes, et vit qu’il existe un Être suprême. Un quatrième, effrayé des torts que les hommes se faisaient les uns aux autres, conclut que, s’il y avait un Être qui avait fait les astres, la terre, et les hommes, cet Être devait faire du bien aux honnêtes gens, et punir les méchants. Cette idée est si naturelle et si honnête qu’elle fut aisément reçue.

La même force de notre entendement qui nous fit connaître l’arithmétique, la géométrie, l’astronomie, qui nous fit inventer des lois, nous fit donc aussi connaître Dieu. Il suffit de deux ou

  1. Voyez tome XV, page 390.
  2. Valentin Jameray Duval ; voir la note, tome XVII, page 448.