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DES PERSANS ET DE ZOROASTRE.

n’est point une idole, une image ; c’est un soleil comme le nôtre. Secondement, pourquoi ne pas vénérer Dieu dans ces admirables ouvrages, par qui nous réglons nos saisons et nos travaux ? Troisièmement, toute la terre croyait que nos destinées dépendaient de l’arrangement des constellations. Cette erreur supposée, et les mages étant malheureusement astrologues de profession, il leur était bien pardonnable d’offrir quelques prières à ces grands corps lumineux, dans lesquels la puissance du grand Être se manifeste avec tant de majesté. Les astres valent bien saint Roch, saint Pancrace, saint Fiacre, sainte Ursule, sainte Potamienne, dont les catholiques romains adorent à genoux les prétendus ossements. Les planètes valent bien des morceaux de bois pourri qu’on appelle la vraie croix. Encore une fois, que les papistes ne se moquent de personne, et gardons-nous-en bien aussi, car si nous valons mieux qu’eux, ce n’est pas de beaucoup. Les mages chaldéens enseignaient la vertu comme tous les autres prêtres, et ne la pratiquaient pas davantage.



CHAPITRE VIII.
Des anciens Persans et de Zoroastre.

Tandis que les Chaldéens connaissaient si bien la vertu des étoiles, et qu’ils enseignaient, comme a fait depuis l’Almanach de Liége, quel jour il fallait se rogner les ongles, les anciens Persans n’étaient pas si habiles, mais ils adoraient un Dieu comme les Chaldéens, et révéraient dans le feu l’emblème de la Divinité.

Soit que ce culte leur ait été enseigné par un Zerdust, que les Grecs, qui changèrent tous les noms asiatiques, appelèrent longtemps après Zoroastre ; soit qu’il y ait eu plusieurs Zoroastres, soit qu’il n’y en ait eu aucun, toujours est-il certain que les Perses furent les premiers qui entretinrent le feu sacré, et qu’ils admirent un lieu de délices en faveur des justes, et un enfer pour les méchants, un bon principe qui était Dieu, et un mauvais principe dont nous est venu le diable. Ce mauvais principe, cet Arimane, ce Satan, n’était ni Dieu, ni coéternel avec Dieu ; mais enfin il existait. Et il était bien naturel d’admettre un mauvais principe, puisqu’il y a tant de mauvais effets.

Les Persans n’avaient d’abord ni autel ni temple ; ils n’en eurent que quand ils s’incorporèrent aux Babyloniens vaincus par eux ; ainsi que les Francs n’en eurent que quand ils eurent sub-