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verte de sang, de carnage, et de malheurs innombrables de toute espèce.


CHAPITRE XXXIV.
De la religion de Jésus.


En s’en rapportant aux seuls Évangiles, n’est-il pas de la plus grande évidence que Jésus naquit d’un Juif et d’une Juive ; qu’il fut circoncis comme Juif ; qu’il fut baptisé comme Juif, dans le Jourdain, du baptême de justice[1] par le Juif Jean, à la manière Juive ; qu’il allait au temple juif ; qu’il suivait tous les rites juifs ; qu’il observait le sabbat et toutes les fêtes juives, et qu’enfin il mourut juif ?

Je dis plus : tous ses disciples furent constamment juifs. Aucun de ceux qui ont écrit les Évangiles n’ose faire dire à Jésus-Christ qu’il veut abolir la loi de Moïse. Au contraire, ils lui font dire[2] : « Je ne suis pas venu dissoudre la loi, mais l’accomplir. » Il dit dans un autre endroit[3] : N’ont-ils pas la loi et les prophètes ? Non-seulement je défie qu’on trouve un seul passage où il soit dit que Jésus renonça à la religion dans laquelle il naquit ; mais je défie qu’on puisse en tordre, en corrompre un seul, d’où l’on puisse raisonnablement inférer qu’il voulût établir un culte nouveau sur les ruines du judaïsme.

Lisez les Actes des apôtres : Bolingbroke, Collins, Toland et mille autres, disent que c’est un livre farci de mensonges, de miracles ridicules, de contes ineptes, d’anachronismes, de contradictions, comme tous les autres livres juifs des temps antérieurs. Je l’accorde pour un moment. Mais c’est par cette raison-là même que je le propose. Si dans ce livre où l’on ose rapporter, selon vous, tant de faussetés, l’auteur des Actes n’a jamais osé dire que Jésus ait institué une religion nouvelle ; si l’auteur de ce livre n’a jamais été assez hardi pour dire que Jésus fût Dieu, ne faudra-t-il pas convenir que notre christianisme d’aujourd’hui est absolument contraire à la religion de Jésus, et qu’il est même blasphématoire ?

Transportons-nous au jour de la Pentecôte où l’on fait descendre l’esprit (quel que soit cet esprit) sur la tête des apôtres.

  1. Voyez page 194.
  2. Matth., v, 17.
  3. Ibid., vii, 12.