Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome29.djvu/195

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et trois prêtres étaient chargés de les baptiser. Enfin l’on sait comment notre religion sanctifia cet antique usage, et apposa le sceau de la vérité à ces ombres.


ARTICLE XXVIII.


DU PARADIS TERRESTRE DES INDIENS, ET DE LA CONFORMITÉ APPARENTE DE QUELQUES-UNS DE LEURS CONTES AVEC LES VÉRITÉS DE NOTRE SAINTE ÉCRITURE.


On dit que, dans la foule de ces opinions théologiques, quelques brames ont admis une espèce de paradis terrestre ; cela n’est pas étonnant. Il n’y a point de pays au monde où les hommes n’aient vanté le passé aux dépens du présent. Partout on a regretté un temps où les hommes étaient plus robustes, les femmes plus belles, les saisons plus égales, la vie plus longue, et la lune plus lumineuse.

Si nous en croyons le jésuite Bouchet[1], les Indiens eurent leur jardin Chorcam, comme les Juifs avaient eu leur jardin d’Éden. C’est à ce jésuite à voir si les brachmanes avaient été les plagiaires du Pentateuque, ou s’ils s’étaient rencontrés avec lui, et quel est le plus ancien peuple, celui des vastes Indes, ou celui d’une partie de la Palestine[2].

Il prétend que Brama est une copie d’Abraham, parce que Abraham s’était appelé Abram en première instance, et qu’Abram est évidemment l’anagramme de Brama.

Vishnou est, selon lui, Moïse, quoiqu’il n’y ait pas le moindre rapport entre ces deux personnages, et qu’il soit difficile de trouver l’anagramme de Moïse dans Vishnou.

A-t-il plus heureusement rencontré avec le fort Samson, qui assembla un jour trois cents renards[3], les attacha tous par la queue, et leur mit le feu au derrière, moyennant quoi toutes les moissons des Philistins, dont il était esclave, furent brûlées[4] ?

  1. Voltaire l’appelle imbécile dans une note du paragraphe xlvi de son Commentaire sur l’Esprit des lois.
  2. Le Bengale est appelé paradis terrestre dans tous les rescrits du Grand Mogol et des soubas. (Note de Voltaire.)
  3. Juges, xiv, 4, 5.
  4. À Rome, le peuple se donnait tous les ans le plaisir de faire courir dans le cirque quelques renards, à la queue desquels on attachait des brandons. Bochard, l’étymologiste, ne manque pas de dire que c’était une commémoration de l’aventure de Samson, très-célèbre dans l’ancienne Rome. (Note de Voltaire.)