Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome29.djvu/213

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sur sa parole. Il nous dit qu’il était avant Abraham. Tous les monuments qui restent de lui confirment la Trinité, etc....

« L’empereur sentit la force de ce raisonnement, quitta la conversation, les larmes aux yeux, et répéta plusieurs fois : Devenir chrétien !… changer la religion de mes pères !… quel péril pour un empereur ! quel poids pour un homme élevé dans la mollesse et dans la liberté de l’Alcoran ! »

Il est vrai que si Acbar prononça ces paroles après avoir quitté la conversation, le P. Aquaviva ne les entendit pas. Il est encore vrai qu’Acbar n’avait pas été élevé dans la mollesse, et que l’Alcoran n’est pas si mou que le dit le jésuite Catrou. On sait assez qu’il n’est pas besoin de calomnier l’Alcoran pour en montrer le ridicule. D’ailleurs il ordonne le jeûne le plus rigoureux, l’abstinence de toutes les liqueurs fortes, la privation de tous les jeux, cinq prières par jour, l’aumône de deux et demi pour cent de son bien, et il défend à tous les princes d’avoir plus de quatre femmes, eux qui en prenaient auparavant plus de cent. Catrou ajoute que « le musulman Acbar honorait à certains temps Jésus et Marie ; qu’il portait au cou un reliquaire, un agnus Dei, et une image de la sainte Vierge ». Notre Persan, traduit par M. Dow, ne dit rien de tout cela.


ARTICLE XXXIV.


SUITE DE L’HISTOIRE DE L’INDE JUSQU’À 1770.


L’auteur persan finit son histoire à la mort d’Acbar ; M. Dow en donne la suite en peu de mots, jusqu’à ce qu’il arrive au temps où ses compatriotes commencent eux-mêmes à être en partie un grand objet de l’histoire de l’Inde.

C’est ainsi, ce me semble, qu’on doit s’y prendre en toutes choses. Ce qui nous touche davantage doit être traité plus à fond que ce qui nous est étranger.

Quand nous répéterions que Géan-Guir, fils et successeur d’Acbar, était un ivrogne, et que son frère aîné, plus ivrogne que lui, avait été déshérité, nous ne pourrions nous flatter d’avoir travaillé aux progrès de l’esprit humain.

Sha-Géan succéda à Géan-Guir son père, contre lequel il s’était révolté tant qu’il avait pu ; de même que ses enfants se révoltèrent depuis contre lui.

Les noms de Géan-Guir et de Sha-Géan signifient, dit-on, empereur du monde. Si cela est, ces titres sont du style asiatique.