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ET DE L’HUMANITÉ. 569

ARTICLE XVIII.

DU RAPT.

La loi Caroline, les ordonnances en France, établissent la peine de mort contre un ravisseur. La loi anglaise n’ordonne la mort qu’en cas que la fille se plaigne d’avoir été ravie (1).

ARTICLE XIX.

DE LA S O D O M I E (2).

Les empereurs Constantin II, et Constance son frère, sont les premiers qui aient porte peine de mort contre cette turpitude, qui déshonore la nature humaine. (Code, liv. IX, tit, ix.) La novelle 141 de Justinien est le premier rescrit impérial dans lequel on ait employé le mot sodomie. Cette expression ne fut connue que long- temps après les traductions grecques et latines des livres juifs. La turpitude qu’elle désigne était auparavant spécifiée par le terme paedicatio, tiré du grec.

L'empereur Justinien, dans sa novelle, ne décerne aucune peine. Il se borne à inspirer l’horreur que mérite une telle infa- mie. Il ne faut pas croire que ce vice, devenu trop commun dans la ville des Fabricius, des Caton et des Scipion, n'eût pas été réprimé par les lois : il le fut par la loi Scantinia, qui chassait les coupables de Rome et leur faisait payer une amende ; mais cette loi fut bientôt oubliée, surtout quand César, vainqueur de Rome corrompue, plaça cette débauche sur la chaire du dicta- teur, et quand Adrien la divinisa.

Constantin II et Constance, étant consuls ensemble, furent donc les premiers qui s’armèrent contre le vice trop honoré par César. Leur loi Si vir nubit ne spécifie pas la peine ; mais elle dit que la justice doit s’armer du glaive : Jubemus armari jus gladio ultore; et qu’il faut des supplices recherchés, exquisitis pœnis. Il paraît qu’on fut toujours plus sévère contre les corrupteurs des enfants que contre les enfants mêmes, et on devait l’être.

Lorsque ces délits, aussi secrets que l’adultère, et aussi diffi-

1. Et ce n’est pas assez. Il faudrait qu'elle prouvât de plus que l’on a employé contre elle la violence ou la menace; qu'elle prouvât qu'elle n’a point vécu volon- tairement avec le ravisseur. Il ne faut pas que la vie d'un homme dépende du dégoût ou de la vanité d'une fille qui s'est fait enlever. (K.)

2. Voyez le Dictionnaire philosophique, article AMOUR SCORATIQUE, tome XVII, page 179.