Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome31.djvu/59

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courtiers et fripiers : la nécessité fit leur industrie. Quelques-uns acquirent assez de richesses pour acheter du roi que nous nommons Cyrus la permission de rebâtir à Jérusalem un petit temple de bois sur des assises de pierres brutes, et de relever quelques pans de murailles. Il est dit, dans le livre d’Esdras, qu’il revint dans Jérusalem quarante-deux mille trois cent soixante personnes, toutes fort pauvres. Il les compte famille par famille, et il se trompe dans son calcul, au point qu’en additionnant le tout on ne trouve que vingt-neuf mille neuf cent dix-huit personnes. Une autre erreur de calcul subsiste dans le dénombrement de Néhémie ; et une bévue encore plus grande est dans l’édit de Cyrus, qu’Esdras rapporte. Il fait parler ainsi le conquérant Cyrus : « Adonaï le Dieu du ciel m’a donné tous les royaumes de la terre, et m’a commandé de lui bâtir un temple dans Jérusalem, qui est en Judée. » On a très bien remarqué que c’est précisément comme si un prêtre grec faisait dire au Grand Turc : Saint Pierre et saint Paul m’ont donné tous les royaumes du monde, et m’ont commandé de leur bâtir une maison dans Athènes, qui est en Grèce.

Si l’on en croit Esdras, Cyrus, par le même édit, ordonna que les pauvres qui étaient venus à Jérusalem fussent secourus par les riches qui n’avaient pas voulu quitter la Chaldée, où ils se trouvaient très bien, pour un territoire de cailloux, où l’on manquait de tout, et où même on n’avait pas d’eau à boire pendant six mois de l’année. Mais, soit riches, soit pauvres, il est constant qu’aucun Juif de ces temps-là ne nous a laissé la plus légère notion de l’immortalité de l’âme.


Chapitre III. Comment le platonisme pénétra chez les Juifs.

Cependant Socrate et Platon enseignèrent dans Athènes ce dogme qu’ils tenaient de la philosophie égyptienne et de celle de Pythagore. Socrate, martyr de la Divinité et de la raison, fut condamné à mort, environ trois cents ans avant notre ère, par le peuple léger, inconstant, impétueux, d’Athènes, qui se repentit bientôt de ce crime. Platon était jeune encore. Ce fut lui qui, le premier chez les Grecs, essaya de prouver, par des raisonnements métaphysiques, l’existence de l’âme et sa spiritualité, c’est-à-dire sa nature légère et aérienne, exempte de tout mélange de ma-