Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome34.djvu/47

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concerns me much more, what I long more to be informed of is, whether you are as happy as you seem to be. Have you got a little private seraglio ? Or, are you to be married ? Are you overstoked with business ? Does your indolence or laziness comply with your affairs ? Do you drink much of that good Cyprus wine ? For my part, I am here too happy, though my health is ever very weak :

Excepto quod non simul esses, eætera lætus.

Addio ! mio carissimo ambasciadore ! Addio ! le baccio umilmente le mani ! L’amo, e la reverisco[1] !

  1. Traduction : Voilà donc l′honnête, le bon et simple philosophe de Wandsworth, qui représente son roi et son pays, et est l’égal du Grand Seigneur ! Certainement l’Angleterre est le seul pays où le commerce et la vertu sont récompensés avec autant d’éclat.. Je n’ai qu’un seul chagrin, mon cher ami, car vous êtes bien mon ami, quoique ministre, c’est de ne pouvoir être témoin de votre nouvelle gloire et de votre bonheur. Si je ne m’étais pas fait un plan de vie qui fait de moi une espèce de solitaire, j’aurais volé vers ce pays d’esclaves sauvages que je déteste, pour aller voir l′homme que j’aime. Que je serais heureux ! avec quelles délices mon cœur s’épancherait en voyant mon cher Falkener, au milieu de tant d’infidèles de toutes couleurs, sourire avec sa philosophie si humaine de toutes les folies superstitieuses qui règnent d’un côté à Stamboul, et de l’autre à Galata ! Je n’admirerais pas, comme milady Mary Worthley Montagu, « le superbe visir se distinguant de la foule, six esclaves élégamment parés tenant la bride de son cheval, ses rênes ornées de pierreries et ses étriers d’or » ; car comment, diable ! pourrais-je admirer un esclave monté sur un cheval ? Ce que j’admirerais, c’est mon ami Falkener. Mais il faut que je dise adieu à la grande ville de Constantin, et que je reste dans mon petit coin du monde, dans ce même château où vous fûtes invité à venir en vous rendant à Paris, si par bonheur vous eussiez pris la route de Calais à Marseille. Mais vous prîtes un autre chemin : ce fut assurément un cruel mécompte pour moi, et surtout pour cette jeune dame qui use familièrement de votre Locke et même de vos autres écrivains. Par ma foi, une Française qui lit Newton, Locke, Addison et Pope, et qui laisse les bagatelles et le fracas étourdissant de Paris pour cultiver à la campagne le grand et aimable génie qu’elle a reçu de la nature, vaut mieux que votre Constantinople et l’empire turc tout entier. Vous pouvez m’écrire en toute assurance par Marseille, chez Mme la marquise du Châtelet, à Cirey en Champagne. Soyez certain que je ne bougerai pas de ce coin de terre avant d’être favorisé d’une lettre de vous. Vous verrez peut-être un renégat, bâtard d’un Irlandais, qui vint à Paris sous le nom de Mac-Carthy, homme intrigant, hardi, remuant et très-peu scrupuleux. Il eut par hasard l’honneur d’être connu de la marquise du Chàtelet ; mais il fut chassé de sa maison pour ses friponneries et son insolence, avant d’avoir quitté Paris avec deux jeunes gens endettés qu’il voulait par ses manœuvres convertir à Mahomet. Son histoire et sa réputation doivent être connues à Constantinople. Je serais curieux de savoir quelle espèce de vie il mène à présent parmi les disciples du prophète. Mais ce qui m’intéresse beaucoup plus, ce qui me préoccupe bien plus vivement, c’est de savoir si vous êtes aussi heureux que vous semblez l’être. Avez-vous un petit sérail particulier, ou bien songez-vous à vous marier ? Êtes-vous accablé d’affaires ? Comment votre indolence, votre paresse, s’accommodent-elles de