Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome41.djvu/282

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du moins pour empêcher ses concitoyens, qu’il ne connaît pas, de jouer avec moi ; qu’il ait voulu, par cette indigne manœuvre, se préparer un retour triomphant dans ses rues basses[1] : c’est l’action d’un coquin, et je ne lui pardonnerai jamais. J’aurais tâché de me venger de Platon s’il m’avait joué un pareil tour ; à plus forte raison du laquais de Diogène. Je n’aime ni ses ouvrages ni sa personne, et son procédé est haïssable. L’auteur de la Nouvelle Aloïsia n’est qu’un polisson malfaisant. Que les philosophes véritables fassent une confrérie comme les francs-maçons, qu’ils s’assemblent, qu’ils se soutiennent, qu’ils soient fidèles à la confrérie, et alors je me fais brûler pour eux. Cette académie secrète vaudrait mieux que l’académie d’Athènes et toutes celles de Paris ; mais chacun ne songe qu’à soi, et on oublie le premier des devoirs, qui est d’anéantir l’inf…

Je vous prie, mon grand philosophe, de dire à Mme du Deffant combien je lui suis attaché. Je lui écrirai quelque jour une énorme lettre. J’aime à penser avec elle ; je voudrais y souper : je l’aime d’autant plus que j’ai les sots en horreur. Mes compliments à l’abbé Trublet ; j’attends sa harangue avec l’impatience du parterre qui a des sifflets en poche, et qui ne voit pas lever la toile.

À propos, haïssez-vous toujours M. de Chimène, ou Ximenès ? Il vient d’acheter une maison, des prés, des vignes, et des champs, dans le pays de Gex. Voilà le fruit apparemment de l’Épître sur l’Agriculture. Je suis devenu un malin vieillard. Il y a longtemps que j’ai fait la Capilotade[2] ; c’est un chant qui entre dans la Pucelle : il y aura toujours place pour les personnes que vous me recommanderez. J’ai souffert quarante ans les outrages des bigots et des polissons. J’ai vu qu’il n’y avait rien à gagner à être modéré, et que c’est une duperie : il faut faire la guerre, et mourir noblement


Sur un tas de bigots immolés à mes pieds.


Riez et aimez-moi ; confondez l’inf… le plus que vous pourrez.

N. B. J’ai lu le Mémoire contre les jésuites banqueroutiers[3]. L’avocat a raison : aucun jésuite ne peut traiter sans engager

  1. À Genève.
  2. Le chant XVIII de la Pucelle.
  3. Mémoire à consulter, et Consultation pour Jean Lyoncy, créancier et syndic de la masse de la raison de commerce établie à Marseille sous le nom de Lyoncy frères et Gouffre, contre le corps et société des pères jésuites, 1761, in-12, signé Lalourcé, avocat.