Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome42.djvu/177

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des chefs-d’œuvre ; Paris n’a rien à leur opposer, il s’en faut beaucoup.

Cependant il y a toujours une douzaine de jésuites à la cour ; ils triomphent à Strasbourg, à Nancy ; le pape donne en Bretagne, chez vous, oui, chez vous, des bénéfices quatre mois de l’année ; vos évêques, proh pudor ! s’intitulent évêques par la grâce du Saint-Siège, etc., etc.

Monsieur, vous me remplissez de respect et d’espérance.


4964. — À M. D’ALEMBERT.
Aux Délices, 12 juillet.

Le nom de Zoïle me pique, mon cher philosophe : il est très-injuste. Je vais au delà des bornes quand je loue Corneille, et en deçà quand je le critique. Je crois d’ailleurs faire un ouvrage très-utile, et que la comparaison des pièces de Shakespeare et Calderon avec Corneille sur des sujets à peu près semblables est un grand éloge de Pierre, et un service à la littérature. Je ne me relâcherai en rien, parce que je suis sûr que j’ai raison : j’en suis sûr, parce que j’ai cinquante ans d’expérience, parce que je me connais au théâtre, parce que je consulte toujours des gens qui s’y connaissent, et qui sont entièrement de mon avis. Est-ce à vous à vouloir des ménagements, et à conseiller la faiblesse ? Que m’importe que le préjugé crie, quand j’ai pour moi la raison ? Je ne songe qu’au vrai et à l’utile. La Bérénice de Corneille est détestable ; je fais imprimer à côté celle de Racine avec des remarques[1].

Attila est au-dessous des pièces de Danchet. Je m’en tiens au holà de Boileau[2]. Je le loue de l’avoir dit, et je ne l’approuve pas de l’avoir imprimé, parce que cela n’en valait pas la peine. Mon cher philosophe, prenez le parti de la vérité, et point de faiblesse humaine.

Sans doute il faut se réjouir que Jean-Jacques ait osé dire ce que tous les honnêtes gens pensent, et ce qu’ils devraient dire tous les jours ; mais ce misérable n’en est que plus coupable d’avoir insulté ses amis, ses bienfaiteurs. Sa conduite fait honte à la philosophie. Ce petit monstre n’écrivit contre vous et contre

  1. La Bérénice de Racine est en effet au tome IX du Théâtre de P. Corneille avec des commentaires, 1764, douze volumes in-8°.
  2. Voyez dans les Œuvres de Boileau, son épigramme sur l’Agésilas et l’Attila.