Page:Voltaire - Œuvres complètes Garnier tome8.djvu/14

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IV AVERTISSEMENT.

s'ennuie, et qu'il abrège le plus qu'il peut. Mais, par cela même, il le rend d'un médiocre intérêt pour le lecteur ; tandis que la description précise du système planétaire jusqu'au vers admirable :

Par delà tous les cieux le Dieu des cieux réside ;

le tableau de la grandeur anglaise fondée sur la liberté, le commerce et les arts; la satire éloquente de Rome catholique, d'autres traits dans la manière de Tacite pour peindre une cour digne de Néron, voilà les grandes beautés poétiques de la Heariade... On y peut noter mille défauts cachés sous l'élégance, y relever des vers faibles, de nombreux plagiats de style, un chant d'amour sans passion, des personnages sans drame. Il n'importe : une part d'originalité est acquise à la Heariade et ia conservera dans l'avenir...

« La Henriade, soutenue par le nom de Voltaire et de Henri, traversera les siècles. Elle n'a pas enrichi le trésor de l'imagination ; elle n'apporte pas avec elle quelques-unes de ces physionomies que le poëte ajoute à la liste des êtres qui ont vécu : une Béatrix, une Clorinde, une Armide, un Renaud, un Tancrède. Souvent même elle n'a pas égalé l'histoire ; elle est au-dessous des faits. L'ingénieuse élégance du xviii« siècle ne pouvait rendre, avec leur expressive rudesse, les mœurs de la Ligue, et Voltaire dédaigne et flétrit ces temps, plutôt qu'il ne les décrit, dans leur sangui- naire grandeur. Mais il a de beaux mouvements de poésie, et il est inspiré par un sincère amour de l'humanité. Son poëme est, après tout, une œuvre durable. Le feu du génie n'y brille que par intervalles; mais une civilisa- tion élevée, un art ingénieux s'y fait partout sentir.

« Quelle beauté, quelle majesté triste et sévère dans ce début du troi- sième chant !

Quand l'arrêt des destins eut, durant quelques jours, A tant de cruautés permis un libre cours, Et que des assassins, fatigués de leurs crimes. Les glaives émousscs manquèrent de victimes, Le peuple, dont la reine avait armé le bras, Ouvrit enfin les yeux, et vit ses attentats.

« Comme la pensée philosophique se mêle à l'intérêt du récit dans ce vers :

Aisément sa pitié succède à sa furie !

« Quelle vérité de pensée et quel coloris dans la peinture un peu anti- cipée des Anglais !

Ils sont craints sur la terre, ils sont rois sur les eaux;

Leur flotte impérieuse, asservissant Neptune,

Des bouts de l'univers appelle la fortune.

Londres, jadis barliare, est le centre des arts.

Le magasin du monde, et le temple de Mars.

Aux murs de Westminster on voit paraître ensemble

Trois pouvoirs étonnés du nœud qui les rassemble.

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