les impoſtures qui ont preſque toutes été funeſtes, les haines irréconciliables allumées par les différentes opinions, à voir tous les maux qu’a produit le faux zèle, les hommes ont eu long-temps leur enfer dans cette vie.
Ais quoi ! ſera-t-il permis à chaque Citoyen de ne croire que ſa raiſon, & de penſer ce que cette raiſon claire ou trompée lui dictera ? Il le faut bien,[1] pourvu qu’il ne trouble point l’ordre ; car il ne dépend pas de l’homme de croire, ou de ne pas croire ; mais il dépend de lui de reſpecter les uſages de ſa Patrie : & ſi vous diſiez que c’eſt un crime de ne pas croire à la Religion dominante, vous accuſeriez donc vous-mêmes les premiers Chrétiens vos pères, & vous juſtifieriez ceux que vous accuſez de les avoir livrés aux ſupplices.
Vous répondez que la différence eſt grande, que toutes les Religions ſont les ouvrages des hommes, & que l’Égliſe Catholique Apoſtolique & Romaine
- ↑ Voyez l’excellente Lettre de Loke ſur la Tolérance.