Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/104

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ENFLEURAGE

Sur les vierges feuillets où mes vers vont éclore,
Chaque matin je pose un feuillage ou des fleurs ;
Ils y versent un peu des larmes de l’aurore
Afin d’atténuer l’amertume des pleurs.

Au printemps, c’est la tige à la naissante pousse ;
En été, c’est le lis agréable à l’autel ;
L’automne a le rameau de feuille blonde ou rousse,
Et l’hiver le regard des roses de Noël.

Ainsi, toujours unis au cours de la nature,
Mes poèmes, en eux, sentent germer son fruit ;
Et mon art pénétré de sèves, se sature
D’un reflet du plein ciel, d’un écho du vrai bruit.

Une odeur de verveine en sa trame insufflée
Ou le parfum vivace et poivré de l’œillet,
Y rencontre l’adieu de l’humble giroflée
Qui baise en se brisant la main qui la cueillait.

Au myosotis bleu qui mire dans les sources
Ses constellations de fleurettes d’azur,
Il emprunte la voix cristalline des courses
Que font sur les cailloux les ondes au cœur pur.

Aux pruniers il a pris leur âme japonaise,
Aux hortensias bleus leur pâle étrangeté ;
Aux tulipes leur pourpre, aux tournesols leur braise ;
Aux iris leur tristesse ; aux roses leur gaîté.

Et chaque soir, la fleur qui féconda la page,
Sentant mourir sa part d’éphémère beauté,
Se réjouit de voir, en nouvel équipage,
Refleurir en mes chants ce qui lui fut ôté :

La force, la vertu, la grâce, le dictame,
Tout ce qui fut divin, tout ce qui fut pervers ;
Et, pour remercier, elle exhale son time
Dans l’hémistiche ému de mon suprême vers.