Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/105

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Des souffles de la Terre et du Ciel visitée
Qui lui distillent charme, éloquence et vigueur,
Ma strophe bourdonnante est fille d’Aristée,
Et l’abeille du rythme exulte dans son cœur.

VERSAILLES

Tant de soleils sont morts dans ces bassins augustes,
Qu’ondirait des coffrets d’étoffes et d’atours :
Robes couleur des nuits, rubans couleur des jours
Que vécurent des dieux dont s’effritent les bustes.

Leur gloire immesurée et leurs grâces injustes
Ne sont plus que de l’herbe au dallage des cours ;
Un texte inattendu commente leurs discours :
La mousse en leurs cœurs froids et sur leurs lèvres frustes.

Les rois n’ont plus de sceptre entre leurs doigts brisés ;
Vénus n’a plus de rose entre ses doigts rosés ;
Cupido n’a plus d’aile, —Apollo, plus de lyre…

Et la glace des eaux les aide à se flétrir ;
A l’heure de s’éteindre heureux de se sourire,
Heureux de se mirer à l’heure de mourir !
[Les Perles rouges, quatre-vingt-treize Sonnets sur Versailles.)

MARIE-ANTOINETTE

Antoinette est un lis que l’on fauche debout.
Perles dont les rubis interrompent la ligne
La blancheur est son lot, la rougeur la désigne ;
Une rose de France orne son marabout.

Le lait de Trianon s’empourpre à l’autre bout.
La Reine voit la Mort, — la Bergère se signe,
Et la femme au calice enfiellé se résigne…
Le lait se caille, le pleur coule, le sang bout.

Saint Detays, devançant ton martyre, y supplée :
Il porte dans ses mains sa tête décollée,
Et, dans sa basilique, aurait pu t’accueillir,