Page:Walch - Anthologie des poètes français contemporains, t3.djvu/60

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PÉGASE

De ses quatre pieds purs faisant feu sur le sol,
La Bête chimérique et blanche s’éc’artèle,
Et son vierge poitrail qu’homme ni dieu n’attelle
S’éploie en un vivace et mystérieux vol.

Il monte, et la crinière éparse en auréole
Du cheval décroissant fait un astre immortel
Qui resplendit dans l’or du ciel nocturne, tel
Orion scintillant à l’air glacé d’Eole.

Et comme au temps où les esprits libres et beaux
Buvaient au flot sacré jailli sous les sabots
L’illusion des sidérales chevauchées,

Les Poètes en deuil de leurs cultes perdus
Imaginent encor sous leurs mains approchées
L’étalon blanc bondir dans les cieux défendus.

(Aetartc.)

LE BOUCOLIASTE

La flûte qui fléchit sous les doigts allongés,
Docile à s’animer comme la femme aux lèvres,
Vibre, et le clair essaim des trilles encogés
Se mêle aux bêlements bucoliques des chèvres.

Le joueur puéril à ses roseaux légers
Chante en vain : seule, Echo, lointaine et triste, alterne.
Les Muses sont trop loin de la voix des bergers
Qu’une cigale inspire et qu’un vol noir consterne.

Mais l’Ephèbe : « Je suis, ô Phoïbos radieux,
Boucoliaste, et pur pour le culte des dieux.
J’ai l’espoir du laurier que ton geste décerne

« Et je veux, pour gagner ton sourire indulgent,
Consacrer sur l’autel de flouve et de luzerne
Ma flûte pastorale à ta lyre d’argent. »

(Aslarté.)