Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/130

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étoient réduits à garder le branle. Il paroit qu’un des meilleurs préservatifs, c’est un esprit vif, gai et résolu.

Ce n’est pas une petite tâche, que de rapporter tous les maux qui accompagnent quelquefois cette maladie, elle produit souvent des Fièvres putrides, des Pleurésies, la Jaunice, de violentes douleurs de Rhumatisme ; elle cause quelquefois une Constipation opiniâtre, avec une grande difficulté de respirer, et ce dernier cas passe pour le plus dangereux des symptômes du Scorbut. D’autres fois toutes les parties du Corps, mais particulièrement les jambes, sont attaquées d’ulcères de la plus mauvaise espèce accompagnés de Carie dans les os, et de chairs fongueuses luxuriantes, qui résistent à tous les remèdes. Une chose très extraordinaire et qu’on ne croiroit pas sur le rapport d’un seul témoin, c’est que des cicatrices de playes, guéries depuis bien des années, se sont rouvertes par la virulence de cette maladie. Un des Invalides, qu’on avoit embarqué à bord du Centurion, avoit été blessé cinquante ans auparavant, à la bataille de la Boyne ; il fut guéri en реu de tems et se porta bien, pendant longues années, cependant le Scorbut l’ayant attaqué, les playes se rouvrirent, au bout de quelque tems, et parurent telles que si elles n’avoient jamais été guéries, et ce qu’il y a de plus étonnant, le Calus bien formé d’un os qui avoit été rompu, fut dissous, et la fracture telle que si elle n’avoit jamais été consolidée. En vérité, rien n’est plus étonnant que certains effets de ce mal. Plusieurs de nos gens, quoique réduits à garder le branle, paroissoient se porter encore assez bien ; ils buvoient et mangeoient avec appétit ; ils étoient de bonne humeur, et parloient avec vigueur et d’un ton de voix nullement affoibli : cependant si on les remuoit, ne fût-ce que d’un côté du Vaisseau à l’autre, et cela dans leurs branles, ils expiroient à l’instant même. D’autres qui se fioient aux apparences de force qui leur restoient, et qui s’ennuioient de rester dans leurs branles, moururent avant que d’avoir gagné le Tillас. Il est souvent arrivé que des gens qui étoient encore en état d’aller et de venir, et capables de rendre quelque service, sont tombés morts dans un instant, en faisant quelque effort ; et c’est ainsi que nous en avons vu mourir plusieurs durant le cours de notre voyage.

Ce mal terrible, nous tourmentoit déja dès le tems que nous étions, occupés à doubler le Cap Horn, et quoiqu’il ne fût pas encore parvenu à sa plus grande violence, nous perdimes dès le mois d’Avril, quarante-trois hommes à bord du Centurion, comme je l’ai déja dit. Nous espé-