Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/207

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l’année, et l’estime grossière du chaud et du froid que chacun fait en s’en rapportant à ses propres sensations. Que si l’on examine la chose par le moyen des Thermomètres, qui, relativement au degré absolu de chaud et de froid, doivent être tenus pour infaillibles, si, dis-je, l’on s’en rapporte aux Thermomètres, on verra avec étonnement que la chaleur, dans des Latitudes très avancées, comme à Pétersbourg, par exemple, est, en certains tems, beaucoup plus grande, qu’aucune qu’on ait observée jusqu’ici entre les Tropiques ; et que même à Londres l’an 1746, il fît, un jour, durant quelques heures, une chaleur supérieure à celle qu’éprouva un Vaisseau de l’Escadre de Mr. Anson, en allant delà au Cap Horn, et au retour, ayant été obligé de passer deux fois sous la Ligne. Car durant l’Eté de cette année, un Thermomètre gradué suivant la méthode de Farenheit, monta une fois à Londres jusqu’au 78° ; et la plus grande hauteur qu’un Thermomètre du même genre ait atteint dans le Vaisseau, dont je viens de parler, ne fut que 76° : c’étoit à l’Ile de Ste. Catherine, vers la fin de Décembre, le Soleil étant vertical à trois degrés près. Et pour ce qui est de Petersbourg, je trouve dans les Mémoires de cette Académie, que l’an 1734, le 20 et le 25 de Juillet, le Thermomètre monta jusqu’à 98° à l’ombre, c’est-à-dire, à vingt-deux divisions de plus qu’à Ste. Catherine : degré de chaleur si prodigieux, qu’on seroit tenté de révoquer la chose en doute, si l’on pouvoit former le moindre soupcon sur la fidélité et l’exactitude des observations.

Si l’on demande, comment il se peut, que dans plusieurs endroits entre les Tropiques la chaleur passe pour si violente, quoiqu’il paroisse par les exemples allégués, qu’elle est égalée souvent, ou même surpassée dans des Latitudes peu éloignées du Cercle Polaire ; je répondrai, que l’estime du chaud en quelque endroit particulier, ne doit pas être fondée sur le degré de chaleur, qui y règne de tems en tems, mais doit plutôt être déduite de la chaleur moyenne, relativement à une saison, ou peut-être à une année entière. En considérant la chose sous ce point de vue, on verra aisément, combien un même degré de chaleur doit paroître incommode, en durant longtems sans variation remarquable. Par exemple, comparant ensemble Ste. Catherine et Pétersbourg, supposons qu’en Eté la chaleur soit à Ste. Catherine de 76°, et en Hiver de 56°. Cette dernière conjecture n’est fondée sur aucune observation ; mais je crois la diminution assez forte. Dans cette supposition, la chaleur moyenne pour toute l’année sera 66°, et cela peut-être de nuit aussi bien que