Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/33

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que pour faire de l’Eau, et iroient directement à la Ville de Manille situé dans une Ile Philippines : Que l’autre Escadre devoit être de même force que celle qui seroit sous les ordres de Mr. Anson, et qu’on la destinoit à faire le tour du Cap Horn pour se rendre dans la Mer du Sud, et d’y ranger la côte, et qu’après avoir croisé sur les Ennemis dans ces parages, et avoir attaqué leurs Places, cette Escadre reviendroit à Manille et y joindroit l’Escadre de Mr. Anson, pour y procurer des rafraichissemens aux équipages, radouber les Vaisseaux, et recevoir peut-être de nouveaux ordres.

Ce projet étoit certainement très bien conçu, et pouvoit contribuer puissamment, tant au Bien public, qu’à la Réputation et à la Fortune de ceux qui avoient été choisis pour l’exécuter ; car si Mr. Anson étoit parti pour Manille au tems et de la manière que l’avoit dit le Chevalier Wager, il seroit, suivant les apparences, arrivé sur les lieux avant que les Espagnols y eussent reçu avis qu’ils étoient en guerre avec les Anglois, et par conséquent avant qu’il se fussent mis en état de faire résistance. On peut hardiment supposer que la ville de Manille se trouvoit dans une situation pareille à celle de tous les autres Etablissemens Espagnols, lors de la déclaration de la guerre : c’est-à-dire, que les Fortifications de leurs meilleures Places étoient négligées et en divers endroits tombées en ruine, leur Canon démonté, ou rendu inutile, faute d’affuts, leur Magazins, destinés à contenir des Munitions de Guerre et de Bouche, tous vuides ; leurs Garnisons mal payées, et par cela même peu fortes, et découragées ; et la caisse Royale du Pérou, qui devoit seule remédier à tous ces désordres, entièrement épuisée. On sait par des Lettres de leurs Vicerois et de leurs Gouverneurs, qui ont été interceptées, que c’étoit-là précisément l’état de Panama, et des autres Places Espagnoles le long de la côte de la Mer du Sud, près de douze mois après notre déclaration de guerre : et l’on n’a aucun droit de s’imaginer que la Ville de Manille, éloignée d’environ la moitié de la circonférence de notre Globe, ait été l’objet de l’attention et des soins du Gouvernement Espagnol plus que Panama, et les autres Ports importans du Pérou et du Chili, d’où dépend la possession de cette immense Empire. On sait même à n’en pouvoir douter, que Manille étoit alors incapable de faire une résistance tant soit peu considérable, et qu’elle se seroit probablement rendue à la seule vue de notre Escadre. Pour se former une idée de quelle conséquence cette Ville, et l’Ile dans laquelle elle est située, nous auroient été, il faut considérer,