Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/410

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Officiers, qui avoit été fort malade, persuadé que l’exercice pourroit contribuer au rétablissement de sa santé, lui demanda la permission d’aller se promener tous les jours dans une Ile voisine : le Commandeur tâcha d’abord de l’en dissuader, par la crainte de quelque avanie de la part des Chinois, mais l’Officier, redoublant ses insistances, obtint enfin sa demande, et la Chaloupe eut ordre de le mener à terre. Le prémier jour, il fit sa promenade, et revint à bord, sans avoir été inquiété en aucune manière, et même sans avoir vu personne ; mais le lendemain, dès qu’il fut à terre, il fut assailli par un grand nombre de Chinois, qui venoient de bêcher leur champ de Ris, dans le voisinage, et qui le battirent si cruellement avec les manches de leurs bêches qu’ils le firent tomber par terre, et le mirent hors d’état de faire la moindre résistance ; après quoi ils lui prirent son épée d’argent, sa bourse, sa montre, sa canne à pomme d’or, sa tabatière, les boutons de ses manchettes, son chapeau, et autres hardes. Les Gens de la Chaloupe, qui étoient à quelque distance delà, et qui n’avoient aucunes armes, se trouvoient hors d’état de donner secours à cet Officier, jusqu’à ce que l’un d’eux courut au Coquin qui s’étoit nanti de l’épée, la lui arracha des mains, la tira, et voulut se jetter sur cette Canaille, dont il n’auroit pas manqué de percer quelques-uns ; mais l’Officier, s’appercevant de son dessein, lui défendit de passer outre, jugeant plus à propos de souffrir avec patience, la violence qu’on lui faisoit, que de jetter le Commandeur dans des embaras, dont il auroit eu peine à sortir, si les Magistrats Chinois, s’étoient crus obligés à venger la mort de quelques-uns de leurs Païsans, tués par des Matelots Anglois. Le sens froid de cet Officier en cette occasion est d’autant plus méritoire, qu’il étoit reconnu pour un homme haut à la main, et d’un caractère ardent. Les Païsans Chinois, s’appercevant de cette retenue, reprirent bientôt une épée, dont ils ne craignoient plus qu’on fît usage contre eux, et se retirèrent avec leur butin. A peine s’en étoient-ils allés, qu’un Cavalier Chinois, fort bien mis, et qui avoit l’air d’être un homme de quelque distinction, s’approcha du rivage, et fit comprendre par ses signes, qu’il blâmoit la conduite de ses Compatriotes, et qu’il prenoit part à l’accident arrivé à l’Officier Anglois, qu’il s’empressa même beaucoup à faire rembarquer dans la Chaloupe. Nonobstant toutes ces belles apparences, il fut soupçonné d’être complice de ce vol, et la suite justifia pleinement ces soupçons.

Lorsque la Chaloupe eut regagné le Vaisseau, et que le Commandeur