Page:Walter - Voyage autour du monde fait dans les années 1740, 1, 2, 3, 4, 1749.djvu/92

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terminée en nœud coulant. Les Chasseurs, montés à Cheval, tiennent de la main droite ce Laqs proprement lové, et dont le bout opposé au nœud coulant, est attaché à la selle : lorsqu’ils approchent à une certaine distance de la Bête, il lui jettent ce nœud, et manquent rarement d’en serrer les cornes, l’Animal qui se sent saisi, s’enfuit, mais le Cavalier qui est plus vite que lui, le suit, desorte que le Laqs n’est jamais trop tendu. Cependant un autre Chasseur jette son nœud de manière qu’il saisit une des jambes de derrière de l’Animal, et dans l’instant que cela est fait, les deux Chevaux, dressés à ce manège, tournent de différens côtés, et tendant les deux Laqs en sens contraire, par cette secousse renversent la Bête, et s’arrêtent d’abord, ensorte que les deux Laqs restent toujours tendus. L’Animal étant ainsi renversé, et hors d’état de faire aucune résistance, le Chasseur met pied à terre, le lie comme il l’entend et le mène où il lui plait. Ils attrapent les Chevaux de la même manière, et même, à ce qu’on dit, les Tigres ; quelque difficile à croire que cela paroisse, il ne manque pas de gens dignes de foi qui l’affirment. A la vérité l’adresse des habitans de ce Païs à jetter ce Laqs, à une grande distance, et à saisir un Animal par où il leur plait, est prodigieuse, et l’on seroit tenté de révoquer en doute ce qu’on en dit, s’il y avoit moins de témoins des faits, et s’ils étoient niés par un seul de ceux qui ont fait quelque séjour à Buénos Ayres.

J’ai déja dit qu’on ne tue cette grande quantité de Bêtes, que pour en avoir le Suif et les Cuirs ; quelquefois cependant on en prend aussi la langue ; tout le reste est abandonné à la pourriture, aux Oiseaux carnassiers et aux autres Animaux voraces. Le plus grand nombre de ces derniers sont des Chiens sauvages dont il y a une prodigieuse quantité dans ces Contrées. On les croît de race Espagnole, descendus de Chiens domestiques, qui ne se sont pas souciés de regagner le logis, dans un Païs, où une grande quantité de charognes leur offroit toujours de quoi vivre. Il faut bien que cela soit ainsi, cet Animal ne se trouvant pas originairement en Amérique. Ces Chiens dont on voit quelquefois des milliers ensemble, n’empêchent pas la multiplication du Bétail qu’ils n’osent attaquer, parce qu’il ne va jamais qu’en herdes trop fortes ; ainsi ils sont réduits à se contenter des charognes abandonnées par les Chasseurs et de Bêtes séparées de leur Troupeau par quelque accident.

Outre le Bétail nombreux, qui remplit les vastes plaines, situées au Sud de Buénos Ayres, ce Païs nourrit encore une grande quantité de Chevaux. Ils sont aussi originaires d’Espagne, et quoiqu’ils soient en général