Page:Weiss - À propos de théâtre, 1893.djvu/28

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que les ouvrages dramatiques ont leurs destinées comme les livres. Dans le Roi des Grecs, il y avait deux drames parallèles ; mais il n’y en avait que deux ; c’est modeste. Dans un Roman parisien, il y en avait trois ou quatre. Deux sujets, d’ailleurs, traités en même temps dans un seul drame, suffisent pour que le drame soit sans vigueur et qu’il fasse l’effet d’un joli sens dessus dessous. Si vous allez au delà d’un sujet pour une seule pièce, si chaque acte est un nouveau drame qui s’ajoute au drame de l’acte précédent, il n’y a plus de raison pour qu’une pièce finisse avant la fin du monde. Si ! Il y en a une, c’est l’ordonnance de police qui prescrit la fermeture des théâtres à heure fixe. Cette raison est étrangère à l’esthétique. Je ne demanderais pas mieux que de croire que tant de drames, barbouillés ensemble, ou qui s’enfilent l’un dans l’autre comme des marrons d’Inde mis en collier, soient le signe d’un génie qui déborde en sujets de pièces et d’une invention qui ne se contient pas. Qui me dit qu’ils ne signifient pas tout le contraire ? Qui me dit que ce n’est pas l’imagination, fatiguée ou paresseuse qui, impuissante à se figurer et à rendre les motifs, les péripéties et les passions d’un drame, unique et complet, prodigue en une seule soirée une multitude de rogatons de drames avortés, et les superpose l’un à l’autre, sans leur donner ni flamme ni couleur ?