Page:Wharton - Les Metteurs en scène, 1909.djvu/145

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qu’elle en reculait assez l’échéance ; mais par le fait même qu’elle l’ajournait ainsi mentalement, est-ce qu’elle n’empiétait pas un peu sur l’avenir de Gannett ? Il faudrait qu’elle eût le courage de discerner le moment où, par un mot ou un regard, leur association volontaire se transformerait en un esclavage d’autant plus dur qu’il ne serait fondé sur aucune de ces obligations communes qui assurent l’équilibre du mariage le plus défectueux.


Lorsqu’à la station suivante un facteur ouvrit la portière, Lydia se recula, pour faire place à l’intrus qu’elle espérait ; mais personne ne monta, et le train continua de rouler paresseusement à travers les blés printaniers et les taillis en bourgeons. Elle commençait à espérer que Gannett parlerait avant le prochain arrêt : elle le guettait furtivement, songeant à revenir s’asseoir en face de lui. Mais la manière dont Gannett s’absorbait dans sa lecture était vraiment trop voulue : Lydia ne bougea pas. Elle ne l’avait jamais vu lire avec un air si évident de repousser toute interruption. À quoi pouvait-il bien penser ? Pourquoi avait-il peur de parler ? Ou bien redoutait-il la réponse qu’elle lui ferait ?

Le train s’arrêta pour laisser passer un