Page:Wharton - Sous la neige, 1923.djvu/79

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que l’on entendit résonner une voix humaine dans la maison. Après tant d’années de silence, la volubilité de la jeune fille fit à Ethan l’effet d’une musique. Il sentit alors qu’il aurait pu devenir comme sa mère si l’accent d’une parole sensée ne fût pas venu le remettre d’aplomb. Sa cousine parut comprendre son cas du premier coup. Elle s’étonnait, en riant, qu’il n’eût aucune notion des soins à donner à une malade ; et elle lui ordonna de vaquer à ses affaires, en le priant de se décharger sur elle du reste.

Le seul fait de lui obéir, de reprendre le travail, et de retrouver des gens à qui parler, avait suffi pour rétablir l’équilibre d’Ethan, et il avait aussitôt voué une reconnaissance sans bornes à sa cousine. Les capacités de Zeena l’émerveillaient et l’humiliaient à la fois. Elle semblait posséder d’instinct les vertus ménagères que lui-même n’avait pu acquérir malgré un long apprentissage. Lorsque Mrs. Frome mourut, ce fut Zeena qui fut obligée d’envoyer Ethan chez l’entrepreneur des pompes funèbres. Ce fut elle aussi qui trouva « bizarre » qu’il n’eût pas décidé par avance à qui il donnerait la garde-robe et la machine à coudre de sa mère.

Après l’enterrement, quand Ethan avait vu sa cousine sur le point de repartir, une crainte irraisonnée de rester seul à la ferme l’avait saisi, et avant même d’avoir pu se rendre compte de ce qu’il faisait, il avait