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ESCALADES DANS LES ALPES.

mètre marquait 34° centigrades à l’ombre), que je pris un train de nuit pour me rendre à Grenoble.

On pourrait écrire un volume sur Grenoble. Aucune autre ville de France n’a peut-être une plus belle situation, et ses forts les plus élevés offrent des points de vue superbes. L’institution la plus intéressante qu’elle possède est l’Association Alimentaire, qui a acquis une célébrité méritée [1]. Cette institution, établie il y a près de vingt ans par quelques philanthropes intelligents, fut fondée [2] dans le but exprès de donner aux ouvriers et aux indigents une nourriture de meilleure qualité, mieux préparée et moins chère que celle qu’ils trouvaient dans les restaurants ou même chez eux. À la société alimentaire, les Grenoblois peuvent se procurer un dîner composé d’une portion de soupe, de viande ou de poisson, de légumes, de dessert, de pain et d’un quart de litre de vin pur de toute fraude, le tout pour la somme de soixante centimes. On devient membre de l’Association en versant la somme de cinq francs mais on doit acheter d’avance les bons de repas, car il n’est fait crédit à personne. Les classes inférieures ont promptement reconnu les avantages qu’elle avaient à faire partie de cette Association Alimentaire qui a produit, dit-on, parmi elles les résultats les plus heureux. Ce qui fait honneur ai cette institution, c’est que non-seulement elle paye toutes ses dépenses, mais qu’elle réalise encore un léger bénéfice.

Si Grenoble peut être fière de sa société alimentaire, elle doit sous d’autres rapports rougir d’elle-même. Ses rues sont étroites, mal pavées et tortueuses, quant aux odeurs qu’elle exhale et aux choses sans nom qui se passent dans ses maisons, il faut les connaître pour les apprécier [3].

  1. L’Association Alimentaire de Grenoble est reconnue comme étant en France le modèle de toutes les institutions de ce genre.
  2. Note du traducteur. Elle eut pour fondateur, en 1851, M. Jules Taulier. Les actions, au porteur, étaient de cinq francs. En 1851, elle comptait déjà 834 sociétaires. Ce nombre s’est accru depuis considérablement.
  3. « Les maisons sont beaucoup plus malpropres que les rues. La plupart des allées et des escaliers ressemblent à des dépôts publics d’immondices. Dans la vieille ville, les maisons n’ont pas de concierge. Les habitants de la ville, affligés de déplorables habitudes, y entrent incessamment sans scrupule