Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/10

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brillante logique et de la perspicacité qui avaient rendu si lumineuse la récente discussion, et de la discussion même aucune trace ne demeurait en moi, qu’un vague espoir, devenu agréable, de jours de paix, de repos, d’innocence et de bienveillance souriante.

C’est dans cette disposition que je me jetai dans mon lit, et m’endormis, selon mon habitude, au bout de deux minutes ; mais, — contrairement à mon habitude, — je me réveillai peu de temps après dans ce curieux état de complet éveil, qui parfois surprend même de bons dormeurs, état dans lequel nous sentons toutes nos facultés surnaturellement aiguisées, tandis qu’à cette vision aiguisée s’offrent obstinément les mesquines misères que nous portons toujours en nous, les hontes et les heurts de notre vie.

Je restai dans cet état presque jusqu’à en jouir : le souvenir de mes folies m’amusait, et tous les enchevêtrements de ma vie, qui m’apparaissaient si clairement, commençaient à prendre la forme d’une histoire amusante.

J’entendis sonner une heure, puis deux, puis trois ; après quoi je me rendormis. Je m’éveillai encore de ce sommeil, et traversai par la suite des aventures tellement surprenantes, que je pense devoir les raconter à nos camarades, et même au public.