Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/152

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mond, d’un ton grave. La récompense du travail est la vie. N’est-ce pas assez ?

— Mais aucune récompense pour un travail particulièrement bien fait ?

— Ample récompense : la récompense de la création ; le salaire que Dieu gagne, comme on aurait dit autrefois. Si vous vous mettez à demander un paiement pour le plaisir de créer, — la perfection du travail n’est pas autre chose, — la prochaine fois, nous entendrons quelque proposition pour récompenser la procréation des enfants.

— Mais l’homme du dix-neuvième siècle dirait que c’est un désir naturel de procréer des enfants et un désir naturel de ne pas travailler.

— Oui, oui, je connais cette antique platitude, — complètement fausse, et même, pour nous, tout à fait dénuée de sens. Fourier, dont tout le monde se moquait, comprenait mieux la question.

— Pourquoi est-ce dénué de sens pour vous ?

— Parce que cela suppose que tout travail est souffrance, et nous sommes si loin de le croire, que, comme vous avez pu le remarquer, une sorte de crainte grandit parmi nous qu’un jour nous manquions, non de richesse, mais d’ouvrage. C’est un plaisir que nous craignons de perdre, non une peine.

— Oui, j’ai remarqué cela, et je comptais aussi vous interroger à ce sujet. Mais, en attendant, vous parliez de l’agrément du travail parmi vous ; que vouliez-vous prétendre au juste ?