Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/28

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


ment, et il y eut un silence entre nous pendant un moment.

Puis le tisserand, qui n’était pas, il s’en fallait, un homme d’aussi bonnes manières que le batelier, me demanda assez gauchement :

— Hôte, nous ne savons comment vous appeler : y a-t-il quelque indiscrétion à vous demander votre nom ?

— Mais, dis-je, j’ai moi-même quelques doutes à ce sujet ; mettons donc que vous m’appellerez Hôte, ce qui est un nom de famille, vous savez, et ajoutez-y William, si vous voulez.

Dick fit aimablement un signe d’acquiescement ; mais une ombre d’inquiétude passa sur la figure du tisserand, et il dit :

— J’espère que vous ne m’en voulez pas de mes questions, mais voudriez-vous me dire d’où vous venez ? J’ai de bonnes raisons pour être curieux de pareilles choses, des raisons littéraires.

Il était évident que Dick lui envoyait des coups de pieds sous la table ; mais il ne s’en troublait guère, et attendait ma réponse avec une sorte d’avidité. Moi, j’allais dire étourdiment : « Hammersmith », lorsque je réfléchis à l’enchevêtrement de contradictions où cela nous conduirait ; je pris donc mon temps pour inventer un mensonge bien combiné, renforcé d’un peu de vérité :

— Vous voyez, dis-je, j’ai été si longtemps hors d’Europe, que les choses me paraissent maintenant étrangères ; mais je suis né et j’ai