Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/60

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ver aux gens le plaisir d’étudier votre costume, en allant justement vous faire pareil à tous les autres. Vous sentez cela, n’est-ce pas ? dit-il sérieusement.

Je ne sentais pas du tout que ce fût mon devoir de me poser en épouvantail parmi ces gens épris de beauté, mais je vis que je m’étais heurté contre quelque préjugé indéracinable, et que cela ne m’avancerait à rien de me disputer avec mon nouvel ami. Je me contentai donc de répondre :

— Oh, certainement, certainement.

— Eh bien, dit-il aimablement, vous pourriez voir l’intérieur de ces boutiques : pensez à quelque chose que vous voulez avoir.

— Pourrais-je avoir un peu de tabac et une pipe ?

— Bien entendu ; à quoi pensais-je, de ne pas vous demander d’abord ? Bob me dit toujours que nous autres, non fumeurs, sommes un tas d’égoïstes, et j’ai bien peur qu’il n’ait raison. Mais venez : voici justement l’endroit.

Là-dessus, il tira les rênes et sauta, et je le suivis. Une très belle femme, splendidement vêtue de soie brochée, passait lentement, en regardant les devantures sur son chemin. Dick s’adressa à elle :

— Jeune fille, voulez-vous être assez aimable pour tenir notre cheval pendant que nous entrerons un instant ?

Elle nous fit un signe de tête avec un aimable sourire, et se mit à tapoter le cheval avec sa jolie main.