Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/63

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Elle traversa légèrement la boutique et revint aussitôt, et, lorsqu’elle passa près du garçon, elle lui souffla quelque chose a l’oreille ; il fit un signe de tête, se leva et sortit.

La fillette tenait entre le pouce et l’index une blague en maroquin rouge, avec de gaies broderies :

— Voilà, je vous en ai choisi une, et vous allez la prendre : elle est jolie et tient beaucoup.

Puis elle se mit à la bourrer de tabac et la posa près de moi :

— Maintenant, la pipe : il faut que vous me laissiez aussi vous la choisir, il y en a trois jolies qui viennent d’arriver.

Elle disparut encore et revint avec une pipe à gros fourneau, sculptée dans quelque bois dur avec beaucoup de soin et montée en or parsemé de petites pierres. Bref, c’était le joujou le plus joli et le plus gai que j’eusse jamais vu, quelque chose comme la meilleure espèce de travail japonais, mais en mieux.

— Mon Dieu ! dis-je, quand j’eus jeté les yeux dessus, ceci est trop magnifique pour moi et pour n’importe qui, excepté l’empereur du monde. D’ailleurs, je la perdrai : je perds toujours mes pipes.

L’enfant avait l’air un peu décontenancée, et dit :

— Ne l’aimez-vous pas, voisin ?

— Oh si, dis-je, évidemment je l’aime.

— Eh bien, alors, prenez-là, et ne vous inquiétez pas de la perdre. Qu’est-ce que ça fait si