Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/73

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Je répondis en rougissant :

— Il fallait bien le supporter ; nous n’y pouvions rien.

Le vieillard me lança un regard pénétrant :

— Vous paraissez en savoir long là-dessus, voisin ! Et est-il vrai, réellement, que rien ne s’ensuivit ?

— Il s’ensuivit ceci, que pas mal de gens furent envoyés en prison à cause de cela.

— Des gens aux gourdins ? dit le vieillard. Les pauvres diables !

— Non, non, de ceux qui avaient reçu les coups.

Le vieillard dit assez rudement :

— Ami, je pense que vous avez été lire quelque collection vermoulue de mensonges, et que vous vous y êtes laissé prendre trop facilement.

— Je vous assure, que ce que je vous ai dit est vrai.

— Bon, bon, je suis certain que vous le pensez, voisin, mais Je ne vois pas comment vous pourriez en avoir une telle certitude.

Je ne pouvais pas expliquer comment, je me tus. Cependant Dick, qui était resté les sourcils froncés, en méditation, se mit enfin a parler, et dit doucement, presque tristement :

— Qu’il est étrange de penser qu’il y a eu des hommes comme nous-mêmes, et vivant dans ce beau et heureux pays, qui, je suppose, avaient des sentiments et des affections comme nous-mêmes, et qui pouvaient pourtant faire de si horribles choses.