Page:William Morris - Nouvelles de Nulle Part.djvu/93

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— Oui, je suis très attaché au passé, à mon passé, vous comprenez. Les meubles même que vous voyez ici sont d’une époque antérieure à mon enfance ; c’est mon père qui les a fait faire ; s’ils avaient été faits dans les cinquante dernières années, ils auraient été exécutés bien plus habilement ; mais je ne crois pas que je les aurais mieux aimés. C’était presque un recommencement dans ce temps-là : c’étaient des temps vivants, où on avait la tête chaude. Mais vous voyez comme je suis bavard : posez-moi des questions, posez-moi des questions sur n’importe quoi, cher Hôte ; puisqu’il faut que je parle, faites que ma parole vous profite.

Je me tus un instant, puis je dis, un peu nerveusement :

— Excusez-moi si je suis grossier ; mais je m’intéresse tellement à Richard, qui a été si aimable pour moi, étranger, que j’aimerais vous poser une question sur lui.

— Bon, dit le vieux Hammond, s’il n’était pas « aimable », comme vous dites, envers quelqu’un de totalement étranger, on dirait qu’il est un étrange individu et les gens seraient capables de le fuir. Mais questionnez, questionnez ! N’ayez pas peur de questionner !

Je dis :

— Cette belle fille, est-ce qu’il va se marier avec elle ?

— Oui, c’est cela. Il a déjà été marié avec elle, et maintenant il me paraît assez évident qu’il va se marier de nouveau avec elle.