Page:Wylm - L'Amant de la momie, paru dans Le Matin, 24-10-1912 au 06-12-1912.djvu/16

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Celui-ci ouvrit aussitôt le rouleau de papier que lui avait remis son visiteur. Pour plus de clarté, je résumerai le récit du secrétaire de lord Charing.


III

LA MOMIE À CHARING-ABBEY


Charing-Abbey, comme son nom l’indique, avait été le siège d’une abbaye de bénédictins ; sa fondation remontait à la conquête normande, mais il ne restait à peu près rien de l’édifice primitif.

Le château affectait la forme d’un rectangle dont un des grands côtés était ouvert ; il se développait sur trois lignes en équerre, et comprenait un corps de logis principal avec deux ailes en retour. Les façades avaient la toiture un peu lourde ; mais la variété des aspects, l’élégance des fenêtres prodiguées par l’architecte, la richesse de la décoration imaginée par lui donnaient à Charing-Abbey une grâce inexprimable.

Les appartements de réception, salons, salles à manger, fumoir, occupaient le rez-de-chaussée du corps principal. Les ailes contenaient : à droite, une bibliothèque et le cabinet de travail de lord Charing ; à gauche, une galerie de tableaux. Dans cette galerie se trouvaient les porcelaines célèbres de la collection Charing, due au goût et aux patientes recherches du bisaïeul du comte actuel.

À peine lord Charing fut-il installé, qu’il donna l’ordre de transporter la momie dans la galerie du château. Il lui consacra une vitrine spéciale, munie de rideaux, afin de cacher sa vue aux personnes impressionnables. Ceux qui voudraient admirer sa parure n’auraient qu’à faire glisser les rideaux de soie rouge.

Le personnel du château était considérable ; de nombreux domestiques assuraient le service, sous la direction d’un majordome imposant ; des cochers, des mécaniciens, des jardiniers, des gardes-chasse logeaient dans les communs, édifiés à courte distance du manoir.

Les principaux habitants de Charing-Abbey étaient le comte et sa femme. Le comte, ancien officier aux horse-guards, avait deux enfants. Ces deux jeunes garçons, très intelligents, joignaient l’énergie de leur père à la douceur de leur mère. Celle-ci ne quittait presque jamais sa cham-