Page:Zend-Avesta, trad. Anquetil-Duperron, volume 1.djvu/60

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ſont percés juſqu’aux os ; voilà ce qu’ils ont à attendre. Le jeu eſt preſque le ſeul paſſe-tems qui coupe ces momens pénibles. Deſcendus à terre, la plupart ne ſont fêtés dans les maiſons, que ſelon les marchandiſes qu’ils ont à vendre. Leur pacotille débitée, il faut qu’ils retournent à leur bord, s’ils ne veulent pas ſe voir abandonnés. Souvent au retour, l’Équipage entier qui se sent plus près de ſa Patrie, augmente les diviſions inteſtines qui regnoient dans l’ÉtatMajor. Ils arrivent dans ces diſpoſitions ; & un homme peu au fait, les croiroit guéris de l’envie de voyager : cependant apres quelques mois de ſéjour à terre, ils ſe rembarquent, & ſouvent ce ſont les mêmes Officiers, la même Maiſtrance, les mêmes Matelots.

Nous étions près du Tropique du Cancer, lorſque plufieurs Matelots furent attaqués d’une maladie dont on ignoroit la nature & la caufe. Leur langue enfloit, ils devenoient noirs, ne pouvoient plus reſpirer, & mouroient en deux fois vingt-quatre heures. Le Capitaine fut lui-même atteint de ce mal : on le traita comme les autres ; & nous eûmes la douleur de le perdre peu de jours après notre arrivée a Saint-Jago, une des Iſles du Cap-verd, où nous fimes une relâche de dix jours. Ce triſte événement fit vaquer la chambre du ſecond Enſeigne qui étoit plus grande & plus éclairée que la mienne : M. le Chevalier du Vautnay, premier Lieutenant, me la donna avec une des Jarres d’eau douce du Capitaine ; ſervice eſſentiel, dans un Vaiſſeau, & dont la maladie qui me ſurvint quelques jours après, me fit ſentir tout le prix.

J’avois prêté ma chambre au neveu d’un de mes amis, & paſſé quinze à feize nuits couche dans la Grand’Chambre, les ſabords de l’arriere ouverts. Le fruit de cette complaifance fut une fauſſe-pleuréſie qui m’obligea de me mettre au lit : mais cinq ſaignées, faites coup-ſur-coup, me tirerent de danger. J’éprouvai alors ce que vaut l’amitie : j’avois du bouillon excellent ; mes medecines, mes remedes étoient bien prepares ; le fecond Chirurgien me viſitoit régulierement. Dans ma convaleſcence, qui dura preſque juſqu’à notre arrivée a l’Iſle de France, confitures & autres douceurs ne me manquerent point, quoique je n’euſſe fait au-