Page:Zend-Avesta, trad. Anquetil-Duperron, volume 1.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


cunes proviſions. Un jour, c’etoit au paſſage du Cap-de-Bonne-Eſpérance, il vint un coup de mer qui enfonça ma fenêtre (le ſabord), & remplit ma chambre d’eau. Je perdis connoiſſance. Le bruit que fit la lame avertit mes amis, qui deſcendirent fur-le-champ, & firent écouler l’eau. Matelats, draps, couvertures, tout fut changé dans le moment : de façon qu’au bout de quelques heures, lorfque je revins à moi, je ne reconnus rien de ce que j’avois ſur moi.

Ce trait d’humanité ne ſortira jamais de mon eſprit. Les maladies faifoient un ravage terrible, tandis que je gardois la chambre. De quarante-cinq perfonnes d’Etat-Major, trente furent attaquees du meme mal. Nous perdimes plus de cent hommes ; la moitié de l’Équipage etoit fur le lit. Dans la Sainte-Barbe, dans la Grand’Chambre, dans l’Entrc Pont, fur le Gaillard, on n’entendoit que gemifTemens fouvent interrompus par le canon, qui annoncoit que Ton jettoit quelque mort a la mer. II regnoit par-tout une odeur infecTre capable de fufTbquer. Lavermine gagnoit jufqu’a nos chambres, & la pitie concentree dans les befoins perfonnels, ne permettoit plus de foulager Ton fcmblable. Enfin le fecond Chirurgien, Gallon habile, fe rappella d’avoir vu dans les Salles de Bicetre, les fympromes du mal qui regnoit dans le Vaifleau, & en decouvrit la nature. II parut alorsque e’etoit une forte de maladie contagieufe apportee par plulieurs Soldats fortis des Prifons, & irritee par l'action du bois du Vaiſſeau qui travailloit encore : c’etoit fon premier Voyage.

Je ne ſçai réellement à quoi juſqu’ici la Compagnie a penſé de ſe charger de pareils ſujets. Premièrement, elle ne peut preſque en tirer aucun fervice ; à notre arrivee à Pondichery, il en déſerta plus de quarante. II faut donc qu’elle les faſſe garder étroitement ; & de cinquante, il eft rare que dix ou douze, a quarante & cinquante ans, renoncent a leurs mauvaifes habitudes. En fecond lieu, a quel danger n’expofe-t-on pas les Colonies, en les laiflant a la garde le gens nourris dans le crime ? Et fans parler du mauvais air qu’ils communiquent dans la traverfe à tout un Équipage, le Vaiſſeau n’a-t-il pas continuellement à craindre de leur brutalité ? Parmi les Sol-