Page:Zola - L'Assommoir.djvu/329

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dinaires. On n’avait pas idée d’un homme si douillet, si difficile. Ils sont tous comme ça, paraît-il, dans le Midi. Ainsi, il ne voulait rien d’échauffant, il discutait chaque fricot, au point de vue de la santé, faisant remporter la viande lorsqu’elle lui semblait trop salée ou trop poivrée. C’était encore pis pour les courants d’air, il en avait une peur bleue, il engueulait tout l’établissement, si une porte restait entr’ouverte. Avec ça, très chien, donnant deux sous au garçon pour des repas de sept et huit francs. N’importe, on tremblait devant lui, on les connaissait bien sur les boulevards extérieurs, des Batignolles à Belleville. Ils allaient, grande rue des Batignolles, manger des tripes à la mode de Caen, qu’on leur servait sur de petits réchauds. En bas de Montmartre, ils trouvaient les meilleures huîtres du quartier, à la Ville de Bar-le-Duc. Quand ils se risquaient en haut de la butte, jusqu’au Moulin de la Galette, on leur faisait sauter un lapin. Rue des Martyrs, les Lilas avaient la spécialité de la tête de veau ; tandis que, chaussée Clignancourt, les restaurants du Lion d’Or et des Deux Marronniers leur donnaient des rognons sautés à se lécher les doigts. Mais ils tournaient plus souvent à gauche, du côté de Belleville, avaient leur table gardée aux Vendanges de Bourgogne, au Cadran Bleu, au Capucin, des maisons de confiance, où l’on pouvait demander de tout, les yeux fermés. C’étaient des parties sournoises, dont ils parlaient le lendemain matin à mots couverts, en chipotant les pommes de terre de Gervaise. Même un jour, dans un bosquet du Moulin de la Galette, Lantier amena une femme, avec laquelle Coupeau le laissa au dessert.

Naturellement, on ne peut pas nocer et travailler. Aussi, depuis l’entrée du chapelier dans le ménage,