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LES ROUGON-MACQUART.

ment restée sur la table. Puis, comme le curé allait sortir, elle courut à lui, s’agenouilla, en criant :

— Attendez, les cordons de vos souliers ne sont seulement pas noués… Je ne sais pas comment vos pieds résistent, dans ces souliers de paysans. Vous, si mignon, qui avez l’air d’avoir été drôlement gâté !… Allez, il fallait que l’évêque vous connût bien, pour vous donner la cure la plus pauvre du département.

— Mais, dit le prêtre en souriant de nouveau, c’est moi qui ai choisi les Artaud… Vous êtes bien mauvaise ce matin, la Teuse. Est-ce que nous ne sommes pas heureux, ici ? Nous avons tout ce qu’il nous faut, nous vivons dans une paix de paradis.

Alors, elle se contint, elle rit à son tour, répondant :

— Vous êtes un saint homme, monsieur le curé… Venez voir comme ma lessive est grasse. Ça vaudra mieux que de nous disputer.

Il dut la suivre, car elle menaçait de ne pas le laisser sortir, s’il ne la complimentait sur sa lessive. Il quittait la salle à manger, lorsqu’il se heurta à un plâtras, dans le corridor.

— Qu’est-ce donc ? demanda-t-il.

— Rien, répondit la Teuse, de son air terrible. C’est le presbytère qui tombe. Mais vous vous trouvez bien, vous avez tout ce qu’il vous faut… Ah ! Dieu, les crevasses ne manquent pas. Regardez-moi ce plafond. Est-il assez fendu ! Si nous ne sommes pas écrasés un de ces jours, nous devrons un fameux cierge à notre ange gardien. Enfin, puisque ça vous convient… C’est comme l’église. Il y a deux ans qu’on aurait dû remettre les carreaux cassés. L’hiver, le bon Dieu gèle. Puis, ça empêcherait d’entrer ces gueux de moineaux. Je finirai par coller du papier, moi, je vous en avertis.

— Eh ! c’est une idée, murmura le prêtre, on pourrait