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LA FAUTE DE L’ABBÉ MOURET.

coller du papier… Quant aux murs, ils sont plus solides qu’on ne croit. Dans ma chambre, le plancher a fléchi seulement devant la fenêtre. La maison nous enterrera tous.

Arrivé sous le petit hangar, près de la cuisine, il s’extasia sur l’excellence de la lessive, voulant faire plaisir à la Teuse ; il fallut même qu’il la sentît, qu’il mît les doigts dedans. Alors, la vieille femme, enchantée, se montra maternelle. Elle ne gronda plus, elle courut chercher une brosse, disant :

— Vous n’allez peut-être pas sortir avec de la boue d’hier à votre soutane ! Si vous l’aviez laissée sur la rampe, elle serait propre… Elle est encore bonne, cette soutane. Seulement relevez-la bien, quand vous traversez un champ. Les chardons déchirent tout.

Et elle le faisait tourner, comme un enfant, le secouant des pieds à la tête, sous les coups violents de la brosse.

— Là, là, c’est assez, dit-il en s’échappant. Veillez sur Désirée, n’est-ce pas ? Je vais lui dire que je sors.

Mais, à ce moment, une voix claire appela :

— Serge ! Serge !

Désirée arrivait en courant, toute rouge de joie, tête nue, ses cheveux noirs noués puissamment sur la nuque, avec des mains et des bras couverts de fumier, jusqu’aux coudes. Elle nettoyait ses poules. Quand elle vit son frère sur le point de sortir, son bréviaire sous le bras, elle rit plus fort, l’embrassant à pleine bouche, rejetant les mains en arrière, pour ne pas le toucher.

— Non, non, balbutiait-elle, je te salirais… Oh ! je m’amuse ! Tu verras les bêtes, quand tu reviendras.

Et elle se sauva. L’abbé Mouret dit qu’il rentrerait vers onze heures, pour le déjeuner. Il partait, lorsque la Teuse, qui l’avait accompagné jusqu’au seuil, lui cria ses dernières recommandations.

— N’oubliez pas de voir Frère Archangias… Passez